«J'ai scié le sommeil!»
(MACBETH.)
Vous qui ronflez au coin d'une épouse endormie,
RUMINANT! savez-vous ce soupir: L'INSOMNIE?
—Avez-vous vu la Nuit, et le Sommeil ailé,
Papillon de minuit dans la nuit envolé,
Sans un coup d'aile ami, vous laissant sur le seuil,
Seul, dans le pot-au-noir au couvercle sans oeil:
—Avez-vous navigué?... La pensée est la houle
Ressassant le galet: ma tête ... votre boule.
—Vous êtes-vous laissé voyager en ballon?
—Non?—bien, c'est l'insomnie.—Un grand coup de talon
Là!—Vous voyez cligner des chandelles étranges:
Une femme, une Gloire en soleil, des archanges....
Et, la nuit s'éteignant dans le jour à demi,
Vous vous réveillez coi, sans vous être endormi.
Sommeil! écoute-moi: je parlerai bien bas:
Sommeil—Ciel-de-lit de ceux qui n'en ont pas!
Toi qui planes avec l'Albatros des tempêtes,
Et qui t'assieds sur les casques-à-mèche honnêtes!
SOMMEIL!—Oreiller blanc des vierges assez bêtes!
Et Soupape à secret des vierges assez faites!
—Moelleux Matelas de l'échine en arête!
Sac noir où les chassés s'en vont cacher leur tête!
Rôdeur de boulevard extérieur! Proxénète!
Pays où le muet se réveille prophète!
Césure du vers long, et Rime du poète!
SOMMEIL!—Loup-Garou gris! Sommeil Noir de fumée!
SOMMEIL!—Loup de velours, de dentelle embaumée!
Baiser de l'Inconnue, et Baiser de l'Aimée!
—SOMMEIL! Voleur de nuit! Folle-brise pâmée!
Parfum qui monte au ciel des tombes parfumées!
Carrosse à Cendrillon ramassant les Traînées!
Obscène Confesseur des dévotes mort-nées!
Toi qui viens, comme un chien, lécher la vieille plaie
Du martyr que la mort tiraille sur sa claie!
O Sourire forcé de la crise tuée!
SOMMEIL Brise alizée! Aurorale buée!
Trop-plein de l'existence, et Torchon neuf qu'on passe
Au CAFÉ DE LA VIE, à chaque assiette grasse!
Grain d'ennui qui nous pleut de l'ennui des espaces!
Chose qui court encor, sans sillage et sans traces!
Pont-levis des fossés! Passage des impasses!
SOMMEIL!—Caméléon tout pailleté d'étoiles!
Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles!
Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile!
SOMMEIL!—Triste Araignée, étends sur moi ta toile!
SOMMEIL auréolé! féerique Apothéose,
Exaltant le grabat du déclassé qui pose!
Patient Auditeur de l'incompris qui cause!
Refuge du pêcheur, de l'innocent qui n'ose!
Domino! Diables-bleus! Ange-gardien rose!
Voix mortelle qui vibre aux immortelles ondes!
Réveil des échos morts et des choses profondes,
—Journal du soir: TEMPS, SIÈCLE et REVUE DES DEUX MONDES!