Là, ce tronc d'homme où croît l'ulcère,
Contre un tronc d'arbre où croît le gui
Ici, c'est la fille et la mère
Dansant la danse de Saint-Guy.
Cet autre pare le cautère
De son petit enfant malsain:
—L'enfant se doit à son vieux père....
—Et le chancre est un gagne-pain!
Là, c'est l'idiot de naissance,
Un visité par Gabriel,
Dans l'extase de l'innocence....
—L'innocent est près du ciel!—
—Tiens, passant, regarde: tout passe....
L'oeil de l'idiot est resté.
Car il est en état-de-grâce....
—Et la Grâce est l'Éternité!—
Parmi les autres, après vêpre,
Qui sont d'eau bénite arrosés,
Un cadavre, vivant de lèpre,
Fleurit—souvenir des croisés....
Puis tous ceux que les Rois de France
Guérissaient d'un toucher de doigts....
—Mais la France n'a plus de rois,
Et leur dieu suspend sa clémence.
—Charité dans leurs écuelles!...
Nos aïeux ensemble ont porté
Ces fleurs de lis en écrouelles
Dont ces choisis ont hérité.
—Miserere pour les ripailles
Des Ankokrignets et Kakous!...
Ces moignons-là sont des tenailles,
Ces béquilles donnent des coups.
Risquez-vous donc là, gens ingambes,
Mais gare pour votre toison:
Gare aux bras crochus! gare aux jambes
En kyriè-èleison!
... Et détourne-toi, jeune fille,
Qui viens là voir, et prendre l'air....
Peut-être, sous l'autre guenille,
Percerait la guenille en chair....