A LA DÉCENTE DES MARINS CHES
MARIJANE SERRE A BOIRE & A
MANGER COUCHE A PIEDS ET A
CHEVAL.
DEBIT.

Le temps était si beau, la mer était si belle....
Qu'on dirait qu'y en avait pas.
Je promenais, un coup encore, ma Donzelle,
A terre, tous deux, sous mon bras.

C'était donc, pour du coup, la dernière journée.
Comme-ça: ça m'était égal....
Ça n'en était pas moins la suprême tournée
Et j'étais sensitif pas mal.

... Tous les ans, plus ou moins, je relâchais près d'elle
—Un mois de mouillage à passer—
Et je la relâchais tout fraîchement fidèle....
Et toujours à recommencer.

Donc, quand la barque était à l'ancre, sans malice
J'accostais, novice vainqueur,
Pour mouiller un pied d'ancre. Espérance propice!...
Un pied d'ancre dans son coeur!

Elle donnait la main à manger mon décompte
Et mes avances à manger.
Car, pour un mathurin faraud, c'est une honte:[7]
De ne pas rembarquer léger.

J'emportais ses cheveux, pour en cas de naufrage,
Et ses adieux au long-cours.
Et je lui rapportais des objets de sauvage,
Que le douanier saisit toujours.

Je me l'imaginais pendant les traversées,
Moi-même et naturellement.
Je m'en imaginais d'autres aussi—sensées
Elle—dans mon tempérament.

Mon nom mâle à son nom femelle se jumelle,
Bout-à-bout et par à peu-près:
Moi je suis Jean-Marie et c'est Mary-Jane elle....
Elle ni moi n'ons fait exprès.

... Notre chien de métier est chose assez jolis
Pour un leste et gueusard amant;
Toujours pour démarrer on trouve l'embellie:
—Un pleur.... Et saille de l'avant!