De penser en penser, de montagne en montagne...

Et ce sonnet:

Arrêtons-nous, Amour! regardons notre gloire.

Et tant d'autres vers sublimes qu'à chaque instant ma mémoire rappelait à mon cœur.

Thérèse et son père étaient partis avec Odouard, qui allait vérifier les comptes d'un fermier qui tient de lui une terre dans les environs. J'ai appris depuis que la mort d'un de ses cousins le forçait d'aller à Rome, et qu'il n'en doit pas être quitte de sitôt, parce que, les autres parents s'étant emparés des biens du défunt, l'affaire, dit-on, ira devant les tribunaux.

A leur retour, cette bonne famille de laboureurs nous offrit un repas, après lequel nous reprîmes le chemin de nos maisons. Adieu, adieu; j'aurais bien des choses à te raconter encore; mais, à t'avouer la vérité, je ne suis guère à ce que je t'écris... A propos, je oubliais de te dire qu'en revenant, Odouard avait constamment accompagné Thérèse et lui avait parlé en affectant un air d'autorité; par le peu de ses paroles que j'ai pu saisir, je soupçonne qu'il la tourmentait pour connaître le sujet de notre entretien; tu vois, mon ami, que je dois interrompre mes visites, au moins jusqu'à ce qu'il soit parti.

Bonne nuit, mon cher Lorenzo! conserve avec soin cette lettre: lorsque Odouard aura emporté avec lui tout mon bonheur, lorsque je ne verrai plus Thérèse, que sa jeune sœur ne viendra plus jouer sur mes genoux, dans ces jours d'ennui où notre douleur passée nous redevient quelquefois chère, à cette heure où le jour va mourant, nous relirons ces mémoires, couchés sur le penchant de la colline qui regarde la solitude d'Arqua; alors, le souvenir que Thérèse fut notre amie séchera nos larmes; faisons-nous, crois-moi, un trésor de souvenirs suaves et doux, afin que, dans les années de tristesse et de persécution qui nous restent à vivre, nous ayons pour nous soutenir la mémoire de n'avoir pas toujours été malheureux.

22 novembre.

Trois jours encore, et Odouard sera parti. Le père de Thérèse, qui l'accompagnera jusqu'aux frontières, m'a proposé de faire ce voyage avec lui; mais je l'en ai remercié, parce que je suis décidé à m'éloigner. J'irai à Padoue... Je ne veux pas abuser de l'amitié et de la confiance de M. T***.

—Tenez bonne compagnie à mes filles, me disait-il encore ce matin.