—Il est mort? m'écriai-je en me levant brusquement et en fixant sur elle des yeux égarés.
Je décrivis alors à Thérèse l'excellent caractère de ce jeune homme sans pareil; je lui racontai comment le sort acharné contre lui le conduisit au tombeau dans une affreuse misère, et comment il mourut cependant pur de taches et de fautes.
Le mari se mit alors à nous donner des détails sur la mort du père d'Olivier, sur les prétentions de son frère aîné, sur les procès toujours embrouillés qui furent portés devant les tribunaux, lesquels, ayant à juger entre deux fils d'un même père, enrichirent l'un en dépouillant l'autre; et à nous dire comment le pauvre Olivier épuisa dans les cabales du barreau le peu qui lui restait.—Alors, il moralisa longuement sur ce jeune homme extravagant qui refusa les bienfaits que lui offrait son frère, et qui, au lieu de l'apaiser par sa soumission, ne fit que l'aigrir encore davantage.
Je l'interrompis.
—Fallait-il, m'écriai-je avec force, parce que son frère était injuste, qu'Olivier s'avilît? Malheureux celui qui ferme son cœur aux conseils de l'amitié, qui dédaigne les soupirs de la compassion, et qui repousse les secours que lui présente la main d'un ami!... mais mille fois plus malheureux encore celui qui, se confiant au riche, cherche la vertu où n'a jamais existé le malheur! Le puissant ne s'allie à l'infortuné que pour acheter sa reconnaissance, et profiter ainsi des caprices du sort pour l'opprimer... Les malheureux seuls savent compatir au malheur, et mêler les douces larmes de la pitié aux pleurs amers de l'infortune; mais celui qui s'est assis une fois à la table du riche s'aperçoit bientôt, quoique trop tard encore,
Combien le pain d'autrui semble amer à la bouche.
—Et comptez-vous pour rien, poursuivis-je, l'humiliation de mendier l'existence et de maudire, cent fois le jour, l'indiscret protecteur qui, bienfaisant par ostentation, exige pour sa récompense votre avilissement et votre servitude?
—Mais, reprit le mari, vous ne m'avez pas donné le temps de finir; puisque Olivier sortit de la maison paternelle, abandonnant à son frère aîné tous ses droits, pourquoi paya-t-il, depuis, les créanciers de son père et alla-t-il lui-même au-devant de l'indigence, en diminuant par sa sotte délicatesse ce qui lui revenait de l'inventaire de sa mère?
—Pourquoi?... Et, si celui qui fut déclaré l'héritier trompa les créanciers par de vains subterfuges, Olivier devait-il souffrir que les os de son père fussent maudits par ceux-là-mêmes qui l'avaient secouru dans son adversité, et que lui fût montré au doigt comme le fils d'un banqueroutier?... Cette générosité déshonore son aîné, qui était incapable de l'imiter, et qui, après avoir tenté de l'avilir par des bienfaits qu'il refusa, lui jura une haine éternelle, une haine de frère. Pendant ce temps, Olivier perdit l'appui de ces hommes qui au fond du cœur étaient forcés de rendre justice à sa loyauté, mais qui se bornaient là, parce qu'il est plus facile d'approuver la vertu que de la pratiquer et de la défendre. Pourquoi l'homme de bien jeté au milieu des méchants n'y peut-il jamais être heureux? C'est que nous sommes habitués à prendre toujours le parti du plus fort, à fouler aux pieds le plus faible, et à ne juger jamais que d'après l'événement.
Ils ne me répondaient pas.—Peut-être étaient-ils convaincus... ou, si je ne les avais pas persuadés, je les avais rendus au moins rêveurs.