Mon esprit est troublé, mon âme atterrée, et mon corps abattu par la langueur de la mort...

Oui, c'est vrai, les malheureux ont besoin de croire à un monde différent de celui-ci, où du moins ils ne mangeront point un pain amer, et ne boiront pas l'eau trempée de leurs larmes. L'imagination le créa, et le cœur se console; la vertu presque toujours malheureuse persévère dans l'espoir d'une récompense... Mais infortunés ceux-là qui, pour ne point commettre de crimes, ont besoin de la religion.

Je me suis prosterné dans une petite chapelle, sur la route d'Arqua, parce que je sentais que la main de Dieu pesait sur mon cœur...

Je suis faible, n'est-ce pas, Lorenzo?... Le ciel ne te fasse jamais sentir le besoin de la solitude, des larmes et d'une église!...

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Deux heures du matin.

Le temps est orageux, les étoiles sont rares et pâles... Et la lune, à moitié ensevelie dans les nuages, frappe mes fenêtres de ses livides rayons...

Au point du jour.

Tu ne m'entends pas, Lorenzo, tu ne m'entends pas, et cependant ton ami t'appelle... Quel sommeil! Un rayon de jour paraît enfin, peut-être pour réensanglanter mes blessures...—Dieu ne me hait pas, il me condamne cependant à une agonie perpétuelle. Pourquoi me contraint-il à maudire mes jours, qui cependant ne sont tachés d'aucun crime?

Si tu es un Dieu terrible, puissant et jaloux, qui revois les iniquités des pères dans les fils, et qui visites dans ta fureur la troisième et la quatrième génération[2], puis-je espérer de t'apaiser? Non... Envoie donc contre moi, mais contre moi seul, ta fureur, que rallument les flammes infernales![3] qui doivent brûler des millions de peuples auxquels tu n'as pas daigné te faire connaître!