Je l'admirais, et je me disais à moi-même:

—Qu'adviendrait-il de moi, si je ne pouvais plus la voir?

Je me rassurais en songeant que j'étais près d'elle; et maintenant...

Que me fait le reste de l'univers?... sur quelle terre pourrais-je vivre sans Thérèse?... Il me semble que je voyage en songe... J'ai donc eu le courage de partir ainsi sans la revoir, sans un baiser, sans un dernier adieu... A chaque instant, je crois me retrouver à la porte de la maison, et lire dans la tristesse de son visage qu'elle m'aime!... Et avec quelle rapidité chaque instant qui s'écoule ajoute à la distance qui me sépare d'elle... Je ne puis plus obéir ni à ma volonté, ni à ma raison, ni à mon cœur... Je me laisse entraîner par le bras de fer du destin. Adieu...

Ferrare, 20 juillet au soir.

Je traversais le Pô, et je regardais l'immensité de ses ondes; vingt fois, je m'avançai sur le bord de la barque pour m'y précipiter, m'engloutir et me perdre pour toujours... Tout est sur un seul point!... Ah! si je n'avais pas une mère chérie et malheureuse, à qui ma mort coûterait d'amères larmes...

Non, je ne finirai pas ainsi en lâche mes souffrances. Je boirai jusqu'à la dernière goutte les pleurs que m'a départis le Ciel!... Un jour, lorsque toute résistance sera vaine, lorsque toute espérance sera détruite, lorsque toutes forces seront épuisées; quand j'aurai le courage de regarder la mort en face, de raisonner tranquillement avec elle, de goûter avec plaisir son calice amer,... quand j'aurai expié les larmes des autres, et désespéré de les tarir, alors, Lorenzo... alors!...

Mais, à cette heure où je parle, tout n'est-il pas perdu?... n'ai-je pas la certitude que tout est perdu?... Dis-moi, as-tu jamais éprouvé l'horreur de ce moment terrible... où le dernier espoir nous abandonne?...

Ni un baiser, ni un adieu!... N'importe, tes larmes me suivront au tombeau... Mon salut... mon destin... mon cœur... tout m'y entraîne! Je vous obéirai à tous...

Pendant la nuit.