Je fondis en larmes et je le quittai. Il me suivit des yeux tant qu'il put m'apercevoir, et j'étais déjà au bout du corridor que je l'entendais encore d'une voix étouffée m'envoyer un dernier adieu.

Neuf heures du soir.

Tout est prêt.—Les chevaux sont commandés pour minuit. Je vais me jeter tout habillé sur mon lit jusqu'à ce qu'ils viennent. Je me sens si fatigué!

Adieu, cependant, adieu, Lorenzo; j'écris ton nom et je te salue avec une tendresse et une superstition que je n'ai point encore éprouvées... Oh! oui, nous nous reverrons, il me serait trop cruel de mourir sans te revoir et te remercier pour toujours... Et toi, Thérèse... Mais, puisque mon malheureux amour te coûterait ton repos et ferait le malheur de ta famille... adieu!... je fuis sans savoir où m'entraînera mon destin; que les Alpes, que l'Océan, qu'un monde entier, s'il est possible, nous sépare!....

Gênes, 11 février.

Voilà le soleil plus beau que jamais... Toutes mes fibres sont plongées dans un suave frémissement et se ressentent de la beauté du ciel de ce pays... Je suis pourtant content d'être parti... Dans quelques instants, je poursuivrai ma route; mais je ne puis te dire encore où je m'arrêterai ni quand finira mon voyage; mais pour le 16 je serai à Toulon.

De la Piezza, 15 février.

Chemins; alpes; montagnes escarpées; rigueur de temps; dégoût de voyage; et puis...

Nouveaux tourments et nouveaux tourments[5]!

Je t'écris d'un petit pays, au pied des Alpes Maritimes, où j'ai été forcé de m'arrêter, et duquel je ne sais encore quand je partirai, attendu que la poste manque de chevaux. Me voilà donc encore avec toi, et avec de nouveaux chagrins, et ne pouvant faire un pas sans rencontrer la douleur sur ma route.