—Dieu éternel!

Et, se rejetant en arrière, elle s'appuya sur son père.

Pendant ce temps, Ortis les joignit. M. T*** lui serra à peine la main, et Odouard le salua froidement. Isabelle seule courut à lui, se jeta à son cou et le couvrit de baisers, l'appelant son cher Ortis; il la prit dans ses bras et les accompagna en causant à voix basse avec la petite fille. Personne autre n'ouvrit la bouche. Odouard seul lui parla pour lui demander s'il partait bientôt pour Venise.

—Dans peu de jours, répondit-il.

Au même instant, ils arrivèrent à la porte, et il prit congé d'eux.

Michel, qui n'avait point voulu s'arrêter à Venise afin de ne pas laisser son maître seul, revint à une heure du matin, et le trouva assis devant son secrétaire, occupé à mettre de l'ordre dans ses papiers; il en brûla beaucoup et en jeta d'autres sous sa table. Le jeune homme, fatigué, se coucha en recommandant au jardinier de ne point s'éloigner, attendu que, son maître n'ayant point encore dîné, il pourrait avoir besoin de lui. Le jardinier lui apporta quelque nourriture, qu'il prit sans cesser cependant l'examen de ses papiers; il ne l'acheva point, et, se levant bientôt, il se promena longtemps dans sa chambre, se mit à lire; puis, ouvrant sa fenêtre, il s'y appuya quelques instants. Il paraît qu'aussitôt après il écrivit les fragments suivants, en différentes pages, mais sur le même feuillet:

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... Allons, courage!—Tiens, vois ce brasier ardent... mets-y la main, laisse-l'y brûler... Prends garde, un gémissement t'avilirait... Eh! pourquoi affecterais-je un héroïsme qui ne peut être d'aucune utilité?

La nuit est obscure et avancée, pourquoi veillai-je donc immobile sur ces livres?—que m'ont-ils appris?... A affecter la sagesse tant que les passions n'ont point maîtrisé mon âme... Les préceptes sont, comme la médecine, inutiles lorsque le mal surpasse les forces de la nature... Quelques sages se vantent d'avoir vaincu les passions qu'ils n'ont jamais eu la peine de combattre, ne les ayant jamais ressenties...

Aimable étoile du matin, tu brilles à l'orient! et tu envoies à mes yeux ton rayon, le dernier... Qui l'eût dit, il y a six mois, lorsque, rayonnante au milieu des autres planètes, tu égayais la tristesse de la nuit et que nous t'adressions nos saluts et nos vœux!