—D'abord, j'ai voulu prouver au public que les fous ne doivent pas être traités comme des bêtes féroces et chassés entièrement de la famille humaine: attendu que l'observateur assez patient pour reconnaître celles des forces mentales qui sont lésées, peut dès lors reconnaître aussi celles qui sont demeurées saines, et tirer une large clarté de celles-ci en les mettant en exercice; de sorte que la folie sera seulement une tache sombre sur l'esprit, un point noir sur la lumière. Or, rien de plus naturel que ce fait, qui paraît merveilleux au premier abord. Les facultés demeurées dans leur état normal une fois reconnues, il faut les exciter en enlevant aux facultés malades tout motif extérieur d'entrer elles-mêmes en excitation. Patience, persévérance, bienveillance et volonté, telles sont les moyens d'obtenir la confiance de ces malheureux et de les conduire à l'exercice des parties saines de leur cerveau, en endormant les parties malades, et de mettre un fou en relation avec un ou plusieurs autres fous, ce à quoi on réussit en dirigeant vers un même but les qualités saines de plusieurs cerveaux malades partiellement.

Cette explication deviendra plus facile à saisir, en étudiant les individus qui ont concouru à la représentation, et en faisant connaître au lecteur la monomanie de chacun d'eux.

Je ne puis parler que du Bourgeois de Gand, n'ayant vu représenter que le Bourgeois de Gand; ce que je dirai de la représentation de Brutus sera accidentel.

Les principaux personnages du drame étaient ainsi représentés:

Le bourgeois de GandMM.FELICE PERSIO.
Le marquis de las Navas LUIGI GAGLIOZZI.
Le duc d'AlbeANTONIO ROSSI.
Le prince d'OrangeGIUSEPPE FORCIGNANO.
GidolfeVINCENZO LUIZZI.
Le courrier d'EspagneMICHELE PENTRELLA.

Les rôles du comte de Lowendeghem et du valet de chambre du duc furent remplis par deux employés de l'établissement, les deux aliénés qui devaient remplir ces rôles ayant été, pendant les répétitions, saisis de délire aigu. Procédons par ordre et étudions successivement chacun de ces artistes.

FELICE PERSIO.—Le bourgeois de Gand.

Felice Persio est de Penne, dans la première Abruzze ultérieure; il est âgé de quarante-cinq ans, et est fils de père mort fou; jeune, il fit le comédien vagabond, jouant la comédie, chantant et dansant. Il entra dans l'établissement le 24 décembre 1858; il est affecté de manie, c'est-à-dire de désordre étrange et permanent dans les instincts, mais avec intégrité de quelques facultés supérieures. En effet, le sens de la mimique, de l'astuce, de l'idéalité et de quelques autres forces intellectuelles se montrent en lui complétement saines. Excitez et dominez ces facultés saines, et vous ferez taire celles qui sont malades. Ce fut ce que fit M. Miraglia. Mais il s'aperçut que, dès qu'il suspendait l'action exercée par ces facultés, celles qui étaient perverties reprenaient aussitôt le dessus. C'est ainsi que, tant que Persio demeure sur la scène, il est tout entier à son rôle; mais que, aussitôt la toile baissée, il retombe dans sa folie. En outre, il est poëte, improvise avec facilité des vers pleins de sentiments généreux et de pensées élevées. Mais, dans ses heures d'aliénation, il ne peut lier deux phrases ensemble et ne dit absolument rien qui ressemble à un discours sensé.

LUIGI GAGLIOZZI.—Le marquis de las Navas.