De dire : « Je suis saint, ange, vierge et jésuite.

J'insulte les passants et je ne me bats point. »

Après avoir lancé l'affront et le mensonge,

Vous fuyez, vous courez, vous échappez aux yeux.

Chacun a ses instincts, et s'enfonce et se plonge,

Le hibou dans les trous et l'aigle dans les cieux!

Grain-de-Poivre ne plongea pas si vite dans son trou, qu'une sagette barbelée et térébrante ne le vînt atteindre. L'oiseau de nuit était marqué par un archer aux coups redoutables et sûrs. Le bon Reuchlin riposta au libelle de Pffefferkorn par le Miroir des yeux (Augenspiegel) ; il remit à sa place le sycophante juif, le triple drôle, affilié pour de l'argent à la Congrégation. La réplique fut rude, sans aucun des ménagements qui servent aux modernes, quand ils éprouvent le besoin d'édulcorer leurs aconits et leur ciguë. Il faut lire les « auteurs gais » de cette époque, les contemporains allemands de Rabelais pour imaginer à quelle grossièreté vont naturellement ces buveurs de bière, dès que leurs choppes les ont mis en gaîté. Les facéties de Bébelius, la légende (si souvent refondue, adoucie et transposée en beau langage de Til Ulenspiegel), ne répondent précisément pas à l'idée agréable qu'éveille en nous le mot « espièglerie ». Une sorte de verve pesante, une jovialité d'ours en belle humeur, que l'on retrouve dans les deux trop fameuses lettres de la Palatine, emplissent d'incongruités ces propos de table à divertir les junkers et les étudiants : gaudeamus igitur! Panurge, au regard de pareilles énormités, semble quelque peu nuancé de gongorisme ; Tabarin lui-même prend tout de suite un air modeste et renchéri.

Martinus Lutherus
PORTRAIT DE MARTIN LUTHER

Le Miroir des yeux, en même temps qu'il faisait voir à Pffefferkorn sa vilaine image, produisait sans flatterie aucune la silhouette d'Hoogstratem. D'être bafoué devant tous, humilié dans son amour-propre, atteint dans sa dignité, le redoutable prieur conçut une de ces rages qui ne pardonnent point, la rage froide et vindicative du prêtre. Il se mit sur le pied de guerre et combattit, à son tour. Certes, Reuchlin portait de nobles armes : l'esprit, la raison, la science, le talent. Hoogstraten, lui, n'avait que le bûcher. De connivence avec Arnold de Tongres, principal au collège Saint-Laurent, avec Ortuinus Gratius, de Deventer, ce même Ortuinus auquel Rabelais, dans la bibliothèque de Saint-Victor, attribue un volume dont le titre ne se peut énoncer, Hoogstraten, « héréticomètre » de Pantagruel, dressa contre l'humaniste une accusation formelle d'hérésie. Il fit tenir à l'Empereur les propositions suspectes de judaïsme, les extraits savamment choisis dans les ouvrages du docteur par Arnold de Tongres, un idiot pédant. Reuchlin se fâcha sérieusement, cette fois. Il écrivit un plaidoyer si véhément et de ton si monté que le faible Érasme ne lui pardonna point cette chose effrayante. Décidément, les choses tournaient mal. Quelque désir qu'il en eût, Maximilien ne pouvait passer l'affaire sous silence.