J’entends répéter tous les jours : « Comment se fait-il que les indigènes soient si bien administrés en territoire militaire, alors qu’ils sont si mécontents et si mal administrés en territoire civil ? Cela est surprenant ; nous avions entendu dire partout, il y a peu d’années, que le gouvernement dit militaire était un gouvernement qu’il fallait renverser à tout prix. »

La raison en est très simple : c’est qu’en territoire militaire les indigènes trouvent un commandement et ne rencontrent pas la séparation des pouvoirs. (Très bien ! Très bien !) Il n’y a rien qui soit plus difficile à faire comprendre à un musulman que ceci : c’est que le représentant du pouvoir exécutif peut être en opposition avec le représentant du pouvoir judiciaire, et il n’est rien qui soit de nature à nuire davantage à notre autorité que les conflits d’attribution, conflits que des fonctionnaires subalternes se plaisent trop souvent à entretenir. (Applaudissements.)

Jules Cambon. Discours prononcé par le Gouverneur général de l’Algérie, Commissaire du Gouvernement, à la Chambre des députés, le 21 février 1895. Cf. Le Gouvernement général de l’Algérie, 1918.

NOTE IV

Un exemple assez frappant de manque de psychologie en matière de politique religieuse islamique nous vient récemment de la colonie italienne de Cyrénaïque.

Le gouverneur de cette possession, à la suite de l’expulsion par les Turcs du khalife Abd-el-Mejdid, et délaissant toutes les traditions islamiques au profit d’un zèle intempestif, décida de faire dire des prières dans les mosquées au nom du roi Victor-Emmanuel III. « Ceci, signalait-il, dans un télégramme officiel, atteste éloquemment le loyalisme constant de la population vis-à-vis de l’Italie. »

Cette mesure, présentée comme une initiative spontanée des imams de Benghazi, produisit le déplorable effet qu’on peut deviner sur l’ensemble de la population, dont une grande partie s’abstint d’aller à la mosquée le vendredi pour ne pas s’associer au rite nouvellement créé.

Le comité exécutif suprême du Congrès islamique du Caire adressa une protestation au gouvernement italien, en lui faisant remarquer que le fait de pousser les imams de Benghazi « à prononcer le nom d’un roi qui ne professe pas l’islamisme détruit leur culte et viole leur prière canonique ».

Le Gouverneur italien, dans son désir de trop bien faire, n’y avait point songé.

NOTE V
L’Église et la Mosquée