«Ta puissance est bien chétive, lui dit Blanche en souriant; ce n'était pas la peine d'en parler.» A ces mots elle prononce quelques paroles magiques; et, montrant le ciel du doigt, elle s'écrie d'une voix tonnante: «Que les nuages disparaissent sur-le-champ, que la pluie se dissipe, et que le grand astre du jour brille dans toute sa splendeur.»
Le Saint-homme voyant qu'elle a rompu son charme, saisit la précieuse épée qui pendait à sa ceinture et l'élève dans les airs pour frapper son ennemie. Mais soudain des milliers de nuages rouges volent vers Blanche en lançant des éclairs éblouissants, s'arrondissent sur sa tête et l'entourent d'une auréole lumineuse. Blanche développe une écharpe, qui s'appelait l'écharpe du ciel et de la terre, et en enveloppe sa tête. Alors la précieuse épée ne pouvait plus l'atteindre et ne faisait que frapper l'air de ses coups impuissants. Blanche prononce de nouveau des paroles sacrées; et montrant du doigt la précieuse épée, elle crie d'une voix tonnante: «Tombe!» et soudain l'épée a roulé dans la poudre. Elle la ramasse et la rend invisible. Puis, d'un ton impérieux: «Où es-tu, vaillant guerrier qui porte le bonnet jaune? Prends vite ce charlatan de Tao-ssé, et suspends-le au milieu des airs.»
Elle n'avait pas encore achevé de parler que le vaillant guerrier au bonnet jaune était déjà accouru à ses ordres. Il prend le Saint-homme et le suspend au milieu des airs. Blanche ordonne au guerrier de le frapper à coups redoublés.
Le Saint-homme, couvert de blessures, pousse des cris lamentables et implore Blanche d'une voix suppliante. «Je ne connaissais pas, lui dit-il, les prodiges sublimes de votre puissance magique; et c'est par ignorance que je vous ai offensée. Je vous en conjure, ayez pitié de ce pauvre Tao-ssé et laissez-lui la vie. Dans la suite il n'osera jamais provoquer votre colère.
—Stupide Tao-ssé, lui dit Blanche en souriant, je suis l'élève de la vénérable déesse du mont Li-chân; et c'est par ordre de ma maîtresse que je suis descendue de la cime mystérieuse qu'elle habite. Tu as eu l'audace de m'insulter en me traitant de fée. Hâte-toi de restituer l'argent que tu as pris, et je te fais grâce de la vie.
—Madame, lui répondit le Saint-homme, l'argent est encore dans ma cellule; je n'en ai pas ôté l'épaisseur d'un cheveu.»
Blanche, cédant à ses supplications qu'il accompagnait de larmes et de sanglots, lui dit en riant: «Je te fais grâce aujourd'hui; plie bagage et va-t-en dans un autre endroit. Si je te retrouve une seconde fois ici, occupé à leurrer la multitude par tes contes et tes ridicules prestiges, tu es un homme perdu!»
Elle dit, et, d'un ton impérieux, elle renvoie le guerrier au bonnet jaune; puis elle détache le Saint-homme, et le remet à la place qu'il occupait.
Le religieux est couvert de honte; il va dans sa cellule chercher les quatre onces d'argent qu'il remet à Blanche; puis il retourne sur la montagne où est situé son couvent, et va visiter son supérieur pour méditer avec lui quelque moyen de vengeance.
Blanche prit les onces d'argent, et reçut les félicitations de toute la foule qui remplissait le temple. Hân-wen et sa femme s'en retournèrent transportés de joie. Quand il fut arrivé dans sa maison, il ordonna à la petite Bleue de faire chauffer du vin afin de boire avec sa femme. Tout en buvant, il ne pouvait se lasser de féliciter Blanche sur le triomphe qu'elle avait obtenu, et sentit redoubler sa tendresse pour elle. Quand le soir fut venu, il ne se contenta pas de paroles pour lui témoigner son attachement.