Le préfet ordonne qu'on le fasse paraître devant lui.

Les gendarmes obéissent. Ils amènent Tao-jîn, et le font mettre à genoux sur les dalles rouges.

«Comment t'appelles-tu? lui demanda le juge. Quel est ton emploi dans la maison de Hân-wen? Sais-tu en quel endroit se sont enfuies Blanche et la petite Bleue?

—Seigneur, lui répondit Tao-jîn en inclinant la tête jusqu'à terre, votre serviteur s'appelle Tao-jîn; il demeure dans la maison de M. Hân-wen, en qualité d'aide de pharmacie. Je ne m'occupe que des objets relatifs à mes fonctions, et j'ignore les affaires particulières de mes maîtres. Quant à la manière dont Blanche et la petite Bleue se sont enfuies, je n'en sais rien. J'ose espérer que Votre Excellence reconnaîtra la vérité de ce que j'avance.

—Ce sont deux fées, reprit le magistrat, et elles se sont échappées à l'aide d'un tour de magie: comment aurais-tu pu le savoir? J'aurais tort de te punir pour cela. Ainsi je te permets de te retirer. Tu peux aller reprendre tes occupations dans la pharmacie.»

A ces mots, Tao-jîn remercie le magistrat en inclinant sa tête jusqu'à terre, et sort de la préfecture.

Le préfet leva l'audience et s'en retourna chez lui. «Il est évident, se dit-il en lui-même, que ces quatre objets précieux ont été dérobés par ces fées; et c'est parce que Hân-wen s'est laissé ensorceler par elles, qu'il est tombé dans le malheur qui l'amène ici. Si je punis son crime suivant la rigueur des lois, il me sera difficile de ne pas le condamner à la peine capitale; mais comme il a dernièrement sauvé ma femme, et que d'ailleurs il est tombé dans les liens diaboliques de ces fées, je dois le traiter avec indulgence, et le préserver de la mort.»

Le lendemain, le préfet monta sur son tribunal; il fit extraire Hân-wen de sa prison, et donna ordre de l'amener devant lui. «Je sais, lui dit-il, que ce sont les maléfices des fées qui t'ont fait commettre ce crime odieux. J'ai envoyé des soldats pour les prendre; mais elles avaient disparu. La loi porte qu'il faut punir de mort quiconque dérobe des objets précieux dans le palais de l'empereur. Mais en considération des services que tu m'as rendus dernièrement en guérissant ma femme, et par pitié pour le malheur où t'ont jeté les maléfices des fées, je me contente de t'appliquer une peine légère, celle du bannissement à temps, avec exemption de la marque: je t'exile à Tchin-kiang.»

Hân-wen se prosterna aux pieds du juge. «Seigneur, lui dit-il en pleurant, je suis profondément touché de ce grand bienfait, et je ne l'oublierai de toute ma vie.»

Le préfet ordonna aussitôt à deux gendarmes de le conduire à sa destination, et leur donna vingt onces d'argent pour les dépenses de leur voyage. Il leur remit en outre un rapport qu'il adressait à l'empereur, et où il exposait que Hân-wen étant devenu coupable par suite des maléfices des fées, ce motif l'avait empêché d'appliquer la peine capitale.