[14] Le fouet dont on se sert pour écarter la foule devant le cortège.

[15] L'éditeur chinois dit en marge: le monde est un damier, les hommes en sont les pièces; il n'y a que les mots de changés.


[LES RENARDS-FÉES.]

CONTE TAO-SSE.


I.

Sous le règne de Hiouan-Tsong[1] de la dynastie des Tang, vivait un jeune homme originaire de la capitale, dont le nom de famille était Wang et le petit nom Tchin: peu versé dans la connaissance des livres classiques et historiques, et très superficiellement instruit en littérature, il aimait le vin et la bonne chère, et il maniait l'épée avec un rare talent; son occupation favorite était de courir à cheval armé de son arbalète.

Wang perdit son père de bonne heure, et comme il ne lui restait plus que sa mère, il se maria. Son jeune frère nommé Wang-Tsay était d'une force extraordinaire et ne rencontrait jamais de rivaux dans les exercices militaires: ce Wang-Tsay prit du service dans les gardes particulières de l'Empereur et ne songea point à se marier. Ces deux jeunes gens jouissaient d'une fortune brillante, un grand nombre de serviteurs obéissaient à leurs ordres; ils se trouvaient dans une position assurée et tranquille qui promettait la joie et le bonheur.

Mais tout à coup vint à éclater la révolte de Ngan-Lo-Chan[2]; le défilé de Tong-Kwan, entre les monts Hoa-Chan et le fleuve Jaune, s'étant trouvé dépourvu de garnison, Hiouan-Tsong se retira dans l'ouest, et Wang-Tsay fit partie de l'escorte qui accompagna l'Empereur fugitif. Quant à Wang-Tchin, pensant qu'il n'y avait plus moyen de rester sur le même pied dans la capitale tombée au pouvoir des rebelles, il abandonna ses propriétés, réunit tous les objets susceptibles d'être emportés, puis emmena avec lui sa mère, son épouse et les gens de sa maison; ils allèrent dans le Kiang-Nan se mettre à l'abri des troubles. Là, Wang-Tchin s'établit dans l'arrondissement de Hang-Tcheou, au village de Siao-Chouy-Ouan (l'anse de la petite rivière), et passa ses jours à prendre soin des terres qu'il avait achetées autour de sa nouvelle demeure.