L'autre, c'est un baptême:—au bras qui le défend
Un nourrisson gazouille une note indécise;
Sa mère, lui tendant le doux sein qu'il épuise,
L'embrasse tout entier d'un regard triomphant!
On baptise, on absout, et le temple se vide.
Les deux femmes alors, se croisant sous l'abside,
Echangent un coup d'oeil aussitôt détourné;
Et—merveilleux retour qu'inspire la prière—
La jeune mère pleure en regardant la bière,
La femme qui pleurait sourit au nouveau-né!
LECONTE DE LISLE.
(1818-1894)
Charles-Marie-René Leconte de Lisle naquit à l'île Bourbon, où son père avait émigré, et vint à Paris à vingt ans pour taire ses études de droit. Il s'adonna encore plus à l'étude de la poésie. Le célèbre critique Sainte-Beuve, auquel il vint réciter sa pièce intitulée Midi, fut frappé par la beauté de ces vers et fit immédiatement connaître leur auteur.
Les oeuvres de Leconte de Lisle sont: Poèmes antiques (1853), Poèmes barbares (1859), Poèmes tragiques (1884), Derniers poèmes, publiés après sa mort en 1895; sa poésie est plastique et non sentimentale ou personnelle; c'est le culte de la forme belle évoquant l'image.
MIDI.
Midi, roi des étés, épandu sur la plaine,
Tombe en nappes d'argent des hauteurs du ciel bleu,
Tout se tait. L'air flamboie et brûle sans haleine;
La terre est assoupie en sa robe de feu.
L'étendue est immense, et les champs n'ont point d'ombre,
Et la source est tarie où buvaient les troupeaux;
La lointaine forêt, dont la lisière est sombre,
Dort là-bas, immobile, en un pesant repos.