Dans les terres, de nuit baignées.
Je contemple, ému, les haillons
D'un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons.
Sa haute silhouette noire
Domine les profonds labours.
On sent à quel point il doit croire
A la fuite utile des jours.
Il marche dans la plaine immense,
Va, vient, lance la graine au loin,
Rouvre sa main, et recommence.
Et je médite, obscur témoin,
Pendant que, déployant ses voiles,
L'ombre, où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu'aux étoiles
Le geste auguste du semeur.
(Chassons des rues et des bois.)
JOSÉPHIN SOULARY.
(1815-1891)
Joséphin Soulary, tour à tour soldat, employé et bibliothécaire, devint célèbre à la publication de ses "Sonnets humoristiques," en 1858. Il écrivit par la suite bon nombre d'autres recueils de poésie, revenant toujours à la forme du sonnet qu'il affectionnait par dessus toutes et où il était passé maître.
LES DEUX CORTEGES.
Deux cortèges se sont rencontrés à l'église.
L'un est morne:—il conduit le cercueil d'un enfant;
Une femme le suit, presque folle, étouffant
Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise.