Aindrë Theuriet appartenait à une famille lorraine; il entra comme son père dans le service de l'enregistrement, ce qui ne l'empêcha pas de publier de 1867 jusqu'à sa mort plus de soixante-dix volumes de prose et de poésie. Dans ses romans comme dans ses vers, André Theuriet s'est fait le chantre de la vie rustique et de la province.
LA CHANSON DU VANNIER.
Brins d'osier, brins d'osier,
Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.
Brins d'osier, vous serez le lit frêle où la mère
Berce un petit enfant aux sons d'un vieux couplet:
L'enfant, la lèvre encor toute blanche de lait,
S'endort en souriant dans sa couche légère.
Vous serez le panier plein de fraises vermeilles
Que les filles s'en vont cueillir dans les taillis.
Elles rentrent le soir, rieuses au logis,
Et l'odeur des fruits mûrs s'exhale des corbeilles.
Vous serez le grand van où la fermière alerte
Fait bondir le froment qu'ont battu les fléaux,
Tandis qu'à ses côtés des bandes de moineaux
Se disputent les grains dont la terre est couverte.
Lorsque s'empourpreront les vignes à l'automne,
Lorsque les vendangeurs descendront des côteaux,
Brins d'osier, vous lierez les cercles des tonneaux
Où le doux vin rougit les douves et bouillonne.
Brins d'osier, vous serez la cage où l'oiseau chante,
Et la nasse perfide au milieu des roseaux,
Où la truite qui monte et file entre deux eaux,
S'enfonce et, tout à coup, se débat frémissante.
Et vous serez aussi, brins d'osier, l'humble claie
Où, quand le vieux vannier tombe et meurt, on l'étend,
Tout prêt pour le cercueil.—Son convoi se répand,
Le soir, dans les sentiers où verdit l'oseraie.
Brins d'osier, brins d'osier,
Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.