II.
Le soir, au coin du feu, j'ai songé bien des fois
A la mort d'un oiseau, quelque part, dans les bois:
Pendant les tristes jours de l'hiver monotone,
Les pauvres nids déserts, les nids qu'on abandonne,
Se balancent au vent sur le ciel gris de fer.
Oh! comme les oiseaux doivent mourir l'hiver!
Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes,
Vous ne trouverons pas leurs délicats squelettes
Dans les gazons d'avril où nous irons courir.
Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir?
LOUIS FRÉCHETTE.
M. Louis Fréchette, poète canadien, a publié plusieurs recueils de vers, dont deux: les Fleurs boréales (1880), et les Oiseaux de Neige (1880), ont été couronnés par l'Académie française. Ses autres oeuvres poétiques sont: Mes Loisirs (1863), La Voîx d'un exilé (1867), La légende d'un peuple (1888), où M. Fréchette a su évoquer dans des accents qui rappellent parfois Victor Hugo, un passé de gloires nationales et d'héroïque grandeur.
LA FORET.
Chênes au front pensif, grands pins mystérieux.
Vieux troncs penchés au bord des torrents furieux,
Dans votre rêverie éternelle et hautaine,
Songez-vous quelquefois à l'époque lointaine
Où le sauvage écho des déserts canadiens
Se connaissait encor que la voix des Indiens
Qui, groupés sous l'abri de vos branches compactes,
Mêlaient leurs chants de guerre au bruit des cataractes?
Sous le ciel étoilé, quand les vents assidus
Balancent dans la nuit vos longs bras éperdus.
Songez-vous à ces temps glorieux où nos pères
Domptaient la barbarie au fond de ses repaires?
Quand épris d'un seul but, le coeur plein d'un seul voeu,
Ils passaient sous votre ombre, en criant: "Dieu le veut!"
Défrichaient la forêt, créaient des métropoles,
Et, le soir, réunis sous vos vastes coupoles,
Toujours préoccupés de mille ardents travaux.
Soufflaient dans leurs clairons l'esprit des jours nouveaux?
Oui, sans doute; témoins vivaces d'un autre âge,
Vous avez survécu tout seuls au grand naufrage
Et, sans souci du temps qui brise les petits,
Votre ramure, aux coups des siècles échappée,
A tous les vents du ciel chante notre épopée!
ANDRÉ THEÙRIET;
(1833-1907)