(1524-1585)
Ronsard, qui fut page de Jacques V, roi d'Ecosse, entra de bonne heure dans la carrière des armes, mais frappé de surdité à la suite d'une maladie, il tut obligé de l'abandonner. Il connaissait déjà l'anglais et l'allemand; il se mit à étudier le latin, le grec et les belles-lettres sous le célèbre Jean Daurat.
En 1549 Ronsard fonda, avec Antoine de Baïf, Joachim du Bellay, Pontus de Tyard, Estienne Jodelle, Remi Belleau et Jean Daurat la fameuse "Pléiade." Ce groupe de poètes trouvait que la langue française de l'époque, trop pauvre et trop nue, avait besoin d'ornements, et il demandait l'introduction de mots, de préfixes, de suffixes, et de formes à l'imitation du grec et du latin. Ronsard y réussit mieux que ses amis; il composa un Poeme épique, la Franciade, inachevé, des Odes, des Elégies, des Eglogues des Chansons et des Sonnets; ces derniers sont de purs chefs-d'oeuvre.
Ronsard jouît de son vivant de la renommée la plus glorieuse en France et à l'étranger. Charles IX, roi de France, la reine Elizabeth d'Angleterre et Marie Stuart le comblèrent de leurs faveurs.
SONNET POUR HELENE.
Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en voua émerveillant:
Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.
Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et fantôme sans os
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos:
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain:
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.