(1555-1628)

Malherbe naquit à Caen, en Normandie, mais il habita Aix en Provence jusqu'en 1605, où il vint à Paris pour solliciter la faveur du roi. Henri IV l'attacha à sa cour; il y resta après la mort du roi, sous la régence de Marie de Médicis et le règne de Louis XIII.

Malherbe fit oeuvre de réformateur. Par opposition â Ronsard et à son école, il voulut régénérer la langue française en la débarrassant des mots grecs et latins, mais il se donna aussi pour but de "dégasconner" la cour, c'est-à-dire de prohiber les locutions provinciales que les compagnons d'armes du roi avaient apportées du Midi. Cette double censure valut à Malherbe le surnom de "tyran des mots et des syllabes."

Malherbe a écrit des Odes, consacrées le plus souvent à célébrer des faits contemporains, des Paraphrases de Psaumes, des Sonnets et des Chansons. Sa poésie manque d'originalité et d'inspiration, mais sa langue est simple et impeccable; il écrivait lentement et avec le plus grand soin.

CONSOLATION A M. DU PERRIER SUR LA MORT DE SA FILLE.

Ta douleur, du Perrier, sera donc éternelle!
Et les tristes discours
Que te met en l'esprit l'amitié paternelle,
L'augmenteront toujours!

Le malheur de ta fille au tombeau descendue,
Par un commun trépas,
Est-ce quelque dédale où ta raison perdue
Ne se retrouve pas?

Je sais de quels appas son enfance était pleine;
Et n'ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.

Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin:
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles;
On a beau la prier,
La cruelle qu'elle est, se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.