Le Commento di ser Agresto et la Diceria de’ Nasi, deux agréables badinages d’Annibal Caro, n’ont aucun titre à figurer avec les Six Journées, et le Ragionamento del Zoppino, quoique ayant quelque ressemblance, quelques points d’attache avec ces dernières, n’est certainement pas de l’Arétin. On n’y retrouve ni son style ni sa manière: la lecture en est facile; les mots forgés, les comparaisons bizarres, les mille facettes dont le maître aime à faire chatoyer sa prose et qui la rendent si reconnaissable, manquent complètement. Nous n’y voyons non plus aucun de ces traits de haut comique, de ces bons contes, pleins de gaieté, qui font le charme des Ragionamenti. Le Zoppino est triste, presque lugubre, et surtout nauséabond. Au lieu de ces franches vauriennes, mais si jolies, si drôles, dont les roueries, contées par la Nanna ou la Commère, nous font éclater de rire, il nous montre dans toutes les courtisanes de malpropres guenipes qu’on ne toucherait pas avec des pincettes, des souillons couvertes de vermine et portant sur elles de si épaisses couches de crasse qu’on y planterait des laitues! Ce point de vue est entièrement opposé à celui de l’Arétin.

Nous en dirons autant et même davantage de la Puttana errante, overo Dialogo di Maddalena e di Giulia, qui cependant est supposée donner du prix à l’édition des Elzeviers, quand elle s’y rencontre (Manuel du Libraire, art. Arétin). Le Zoppino du moins est ancien et contemporain des Ragionamenti. Mais le Dialogue de Madeleine et de Julie! on y chercherait en vain le moindre reflet des qualités propres au divin Pietro. C’est un ouvrage de pacotille pour la confection duquel on a rajeuni le style et l’orthographe du premier des deux Dialoghi di Rosana e Ginevra, vieille rhapsodie mise en circulation sous le nom de Pietro Aretino à la date vraie ou fausse de 1584. On lui a donné le titre de Puttana errante, qui ne lui convient nullement, pour le faire confondre avec le célèbre poème de Lorenzo Veniero, longtemps attribué à l’Arétin; de là sa réputation usurpée. Comment les bibliographes Italiens ne se sont-ils jamais aperçus d’une supercherie aussi manifeste?

Au lieu de ces morceaux apocryphes, nous préférons donner une pièce, véritablement authentique, celle-là, dont on nous saura gré sans doute. C’est la reproduction à l’eau-forte de la belle gravure de Marc-Antoine Raimondi, d’après le Titien, dont voici la description telle que nous la trouvons dans Bartsch (Le Peintre graveur, XIVe vol., éd. de Vienne, 1814).—«Pierre Arétin, célèbre poète. Il est à mi-corps et vu de face. Sa tête est couverte d’un bonnet, et, par-dessus, d’un chapeau qui, mis de biais, passe sur son oreille droite. Le chiffre est gravé à droite, à mi-hauteur et tout près du bord de l’estampe.»

Au-dessous de l’inscription, dans la marge du bas, se lisent deux distiques dont nous reproduisons ici le texte, avec la ponctuation convenable:

Non manus artificis mage dignum os pingere, non os

Hoc pingi poterat nobiliore manu.

Pellæus Juvenis, si viveret: «Hac volo dextra

»Pingier, hoc tantum,» diceret, «ore cani.»

La main d’un maître ne pouvait peindre un plus digne visage, et ce visage

Ne pouvait être peint par une main plus noble.