Alors Ernaut, reprenant courage, se retourne plein de colère sur Raoul et lui assène de grands coups sur son heaume dont il brise les fleurs de lys..... Le sire de Cambrai a le visage et la bouche ensanglantés....—A son tour, il frappe Ernaut de sa tranchante épée, brise son heaume, et rabattant la lame à gauche avec une grande adresse, il lui coupe le poignet qui tombe serrant encore le bouclier.

Ernaut est anéanti de voir gésir à terre son poing et son écu, de voir couler le sang vermeil de sa blessure. Eperdu, il remonte à cheval et s'enfuit à travers les bruyères.

—Raoul se précipite sur ses pas.....

II.

Ernaut s'enfuit et Raoul le serre de près.... Mais voilà que son destrier s'est abattu et il va être atteint: effrayé alors, il s'arrête un moment au milieu du chemin et s'écrie à haute voix: «Grâce, Raoul! grâce, au nom de Dieu le créateur: si tu m'en veux de t'avoir frappé, eh bien, je serai ton homme lige; si cela te plaît, je t'abandonne Brabant et Hainaut..... Mes hoirs n'y pourront désormais prétendre l'espace d'un demi-pied.»

—Raoul a juré de ne rien écouter tant qu'il ne l'ait mis à mort.

III.

Ernaut s'enfuit à grands coups d'éperons, et Raoul au cœur félon le poursuit et le presse... Il regarde de côté et aperçoit au loin son neveu, le noble baron Rocoul de Soissons, aussi neveu du comte Bernier. Il tourne vers lui sa course et l'appelle à grands cris; car il a peur de mourir.—«Beau neveu, protégez-moi contre la fureur de Raoul. Il m'a coupé le poing dont je tenois mon écu et qui seul pouvoit me défendre; il me menace de m'arracher la tête.»

—Rocoul frémit à ces mots. «Oncle, dit-il, point ne vous sert de fuir; Raoul aura bataille.»