Alors il tendit ses deux mains jointes vers le ciel, se battit la poitrine et demanda grâce à Dieu.... Bientôt son œil tremble, sa vue se trouble, son corps se roidit et l'âme en sort.
Que Dieu la reçoive en son saint paradis!
Puis Garnier et Savary enlevèrent le cadavre; et le plaçant sur un mulet arabe ils s'acheminent droit vers Ancre.
IV.
.... La comtesse Béatrix est au palais seigneurial avec ses deux fils. La gentille dame les fait venir:
—«Grâce au Seigneur, mes enfants, vous êtes chevaliers depuis tantôt deux mois que Bernier, votre père, est allé servir saint Jacques; or, voici venu le terme de son retour.
—Bien avez-vous parlé, madame, disent les enfants.»
Tandis qu'ils devisoient de la sorte, la dame jette les yeux sur le chemin ferré et aperçoit Garnier et Savary, qui ramenoient Bernier.
La dame les montrant à ses fils: «Je vois, dit-elle, deux chevaliers venir; ils me semblent bien courroucés et tristes, ils s'arrachent les cheveux et se frappent les mains. Hélas! j'ai grand peur de mon père Géri: hier soir, quand je m'endormis, je songeois un songe affreux. Mon seigneur étoit revenu; et mon père l'attaquant sous mes yeux l'avoit abattu à terre; il lui arrachoit les yeux de la tête, et à moi-même il me tordoit le cou.... Puis je vis les salles de ce palais s'écrouler. Las!.. la frayeur revient maintenant à mes esprits.»
—«Ce songe est signe de bonheur, lui répondit son fils.»