Le Lorrain est assis sous le tremble, un pied posé sur le corps du sanglier, et ses chiens sont couchés à ses côtés.—A cet aspect, les misérables demeurent émerveillés.
«Par les yeux de mon chef, dit Thiébaut, c'est un larron bien coutumier de battre les forêts et de chasser les sangliers. S'il nous échappe, nous sommes ensorcelés.»
Et tous ensemble, ils l'entourent en s'écriant: «Ohé! toi qui es assis sur ce tronc, es-tu veneur, et qui t'a permis d'occire ce sanglier?—La forêt appartient à quinze propriétaires; personne n'y chasse sans leur agrément, et la seigneurie en est au vieux Fromont.—Restes coi, nous allons te lier pour t'emmener à Lens.»
—«Seigneurs, dit Bégues, pour le Dieu du ciel, respectez-moi, car je suis chevalier. Si j'ai forfait contre le vieux Fromont, je lui en rendrai raison de bonne volonté.—Le duc Garin donnera pour moi ôtages, ainsi que messire le roi de France et mes enfants, et mon neveu Aubri le Bourguignon.»—Puis, se reprenant:—«Mais, je viens de parler comme un homme sans cœur. Que Dieu me confonde à toujours, si je me laisse saisir par sept vauriens de cette espèce.—Avant de mourir, je vendrai chèrement ma vie!»
VI.
«Seigneurs, reprend Bégues, ce matin, quand j'attaquai cette bête, j'étois en compagnie de trente-six chevaliers, maîtres veneurs, habiles et bien appris.—Il n'y a aucun d'eux qui ne tienne fief de moi, ou bourg, ou ville, ou donjon, ou castel.—Ce sanglier a fait ce qu'on n'a jamais vu; il s'est laissé poursuivre quinze grandes lieues sans revenir sur ses pas.....»
—«Tout ceci est bien merveilleux, se disent-ils entr'eux. A-t-on jamais vu sanglier fuir si loin.»
«Il veut s'excuser, s'écrie Thiébaut; en avant, forestiers, beaux amis, accouplez les chiens, afin de les maintenir.»