Le chef forestier s'élance le premier sur le duc, auquel il veut prendre son cor de chasse.—Bégues en pense mourir de colère: il lève le poing, frappe au cou, et abat le forestier mort à ses pieds.—«Audacieux, fait-il, tu ne prendras plus de cor au cou d'un duc.»

VIII.

Quand Thiébaut du Plessis eut vu le forestier trépasser de la sorte:—«Amis, nous sommes perdus, dit-il, s'il nous échappe: le comte Fromont ne voudra plus nous voir; et jamais nous n'oserons retourner à Lens.» Ses gens l'ont entendu; ils en sont tristes et chagrins; alors ils renouvellent avec Bégues une lutte acharnée.

IX.

Celui qui eût vu le droiturier comte sous le tremble, brandir son épée, défendre sa personne et sa proie, attaquer et frapper à la fois ses six adversaires, celui-là auroit pris grand'pitié du gentilhomme.

Il a jeté morts trois de ces cavaliers, et les autres ont pris la fuite. Jamais ils n'eussent recommencé le combat; mais voilà que par le bois se promène un sergent, le fils de la sœur au forestier. Le sergent porte arc d'aubour et flèches d'acier.

Ils l'ont aperçu et l'appellent.

«Viens vite de ce côté, beau sire, et que Dieu te soit en aide.—Le riche forestier, ton oncle, est mort; un braconnier vient de l'abattre devant nous.—Hâte-toi, beau sire, et songe à le venger!»

Plein de courroux à ces paroles, le sergent saisit son arc, court vers Bégues, ajuste à la corde une grande flèche d'acier, vise le comte et le frappe à l'instant.—La flèche a pénétré d'un pied dans le corps, et a percé la maîtresse-veine du cœur. Bégues fléchit; sa force l'abandonne; son épée lui tombe des mains.—Il fut sage alors et ne perdit pas le sens; car il implora le Dieu glorieux du ciel.