«Beau neveu, lui dit-il, soyez le bien venu. Vous me paroissez disposé à faire la guerre.

—Oui, mon oncle, je suis tout prêt, et vous? Par le corps saint Denis, vous devriez être déjà au cœur de la contrée!

—Neveu, a répondu le duc, je suis convenu d'un jour pour recevoir la satisfaction que m'offre le comte Fromont. Celui qui refuse satisfaction, ne peut plus, ce me semble, en jouir par la suite.

—Tout ce que vous dites est inutile, répond Rigaut, et, par l'apôtre qu'invoquent les pélerins, les meurtriers de mon seigneur ne resteront en paix de mon vivant.—Je les ferai périr de male mort.—J'ai perdu mon maître, mon ami; si je ne le vengeois, je serois honni de tous.

—Ecoute, sire fils, a dit son père Hervi: Le lorrain Garin est notre sire; et l'on ne doit point agir contre la volonté de son seigneur. Ce qu'il veut, nous le voulons aussi.»

Rigaut cède bien malgré lui.—Il fait fermer le château de Belin, ainsi que la Valdoine et le mont Esclavorin; fortifie la tour de Gironville; convoque les vassaux dans Belin, y fait apporter toute la victuaille du pays, afin que personne ne manque à la guerre.—Et certes, ils n'y manqueront pas, comme je l'ai appris.

«Qu'avez-vous fait de Bégues de Belin? a demandé Rigaut.

—Beau neveu, répond Garin, je l'ai mis en terre dans la chapelle qui est près du chemin.—C'est là que repose notre bon frère, à qui Dieu fasse miséricorde.—Deux prêtres sont assis près de sa tombe; je leur ai donné rentes pour leur subsistance; et ils y chanteront la messe jusqu'au jour du jugement, afin que le Seigneur ait pitié de son âme.

—Je voudrois bien le revoir pour la dernière fois, a dit Rigaut.»

Lors ils allèrent sans tarder à l'église et déterrèrent le duc.