Bernier, présent au discours du roi, se lève et supplie Loys de ne pas agir au moins ouvertement contre ses cousins, les fils d'Herbert, lesquels sont de vaillants hommes, capables de se défendre dignement. Puis s'adressant à son maître Raoul, l'écuyer Bernier lui montre combien ses cousins sont bons et francs chevaliers, et combien il y auroit déloyauté à ravir leur héritage.
Raoul n'écoute rien: à toute force il veut leur terre que Loys lui a accordée.
En grande hâte il retourne à Cambrai, suivi de son écuyer, qui est triste et dolent. Il descend au perron où sa mère l'attend.
La bonne dame serre son fils dans ses bras, lui baise le menton, et ils montent ensemble au palais. Alaïs félicite son fils, et lui demande s'il ne se met pas en mesure de reprendre son fief à Gibouin le manceau. Raoul, chagrin de cette parole, lui répond que non, et qu'il va attaquer les enfants d'Herbert de Vermandois.
La dame soupire et supplie son fils de ne point usurper le bien de ces orphelins, dont le père a toujours été l'ami du sien, le comte Taille-fer. Raoul repousse durement les supplications réitérées de sa mère, qui, désespérée de ne pouvoir le fléchir, fond en larmes, et se retire en lui prédisant le sort funeste qui l'attend dans cette guerre.
La pauvre dame s'agenouille devant l'autel, à l'église de Saint-Géri, et conjure le ciel de détourner de son fils les malheurs qu'elle a pressentis.
Cependant Raoul inflexible a mandé tous ses vassaux et ses amis, s'est avancé avec eux vers le Vermandois, et a résolu de commencer la guerre par le sac et l'incendie de la riche abbaye d'Origni.