A la Pentecôte, le roi Loys tient cour plénière. Raoul, accompagné de son écuyer, lui sert le piment[7] au dîner. Tout le monde admire la beauté de Bernier et son riche équipement. Une quintaine est dressée; l'on combat et l'on brise maints écus, maints hauberts. Bernier fait des merveilles; et quand tous les barons sont rentrés au palais, il s'agenouille devant le roi, à qui il rend foi et hommage; puis il implore sa bienveillance en faveur de ses cousins, les enfants du comte Herbert de Vermandois, lequel alloit trépasser.

Géri le sor vient ensuite trouver le roi; et, lui rappelant ses services, il le conjure derechef de rendre au fils de Raoul Taille-fer le fief de Cambrésis. Le roi a refusé de nouveau.

Alors Géri d'Arras sort courroucé; il trouve dans une des salles du palais son neveu Raoul qui jouoit aux échecs; il le tire violemment par sa pelisse d'hermine, et le maltraite à cause de son indifférence. Raoul ébranle la salle de ses cris, et furieux va trouver le roi.—Il réclame son héritage. Loys lui répète qu'il ne peut l'enlever au mancel Gibouin, à qui il l'a accordé. Raoul jure que le lendemain, avant le soleil couchant, il aura attaqué Gibouin, qu'il veut mettre à mort de sa propre main.

Le roi sort de la salle ému des menaces de Raoul.

Le mancel est venu près du roi; il le supplie de garantir ce qu'il lui a donné. Le roi écoutant ces prières, appelle son neveu et le conjure de laisser Cambrai à Gibouin encore deux ou trois ans; il lui promet que si, dans cet intervalle, un des fiefs de Vermandois, d'Aix-la-Chapelle ou de Laon demeure vacant, c'est pour lui.—Raoul, après avoir consulté son oncle Géri d'Arras, consent à la proposition de Loys; mais il demande quarante otages que le roi lui accorde.

Raoul étoit de retour en Cambrésis depuis un an et quinze jours, lorsque le vaillant comte Herbert de Vermandois vint à trépasser. Il tenoit sous sa puissance Roye, Péronne, Origni, Ribemont, Saint-Quentin, le château de Clary, et tout le pays d'alentour.

En apprenant sa mort, Raoul incontinent monte à cheval avec son oncle Géri, et ils ne cessent d'éperonner jusqu'au palais du roi à Paris, où ils sont bientôt arrivés.

—Raoul rappelle au roi sa promesse et demande le fief d'Herbert. Loys dit qu'il ne peut le lui accorder, ni déshériter les quatre fils d'Herbert en sa faveur, ajoutant que ces quatre jeunes barons, puissants et valeureux, ne voudroient plus désormais le servir et deviendroient ses ennemis.

A ces paroles, Raoul pense perdre la raison de colère; et mandant ses otages, il les menace de les faire enfermer dans une tour; Joffroi, l'un des otages, s'agenouille aux pieds du roi et lui peint la position précaire dans laquelle ils vont se trouver.

Loys attristé appelle Raoul et lui jure que jamais ni lui ni ses hommes ne s'opposeront à son entreprise contre le Vermandois.