—Ma mort, la mort de votre mère, et la vôtre à tous, ô mes fils!

—Et à moi, que me prédis-tu? dit Kare à son tour.

—Toi, mon gendre, c'est différent; ta chance sera la plus forte, et tous nos adversaires réunis ne pourront prévaloir contre elle. Néanmoins un jour viendra, je le crois, où ton glaive te tombera de lui-même des mains.»


CHAPITRE XVIII

le manteau de soie

L'alting d'été est réuni; les huttes et les tentes s'alignent au bas du Logberg, et le moment approche où l'affaire du meurtre de Kelde va être portée devant l'assemblée.

Suivant l'usage, les deux parties font leur tournée sur le champ de justice pour essayer de gagner à leur cause le plus de monde possible. Les trois fils de Nial, Kare, leur beau-frère, et Asgrim, beau-père d'Helge, s'en étaient donc allés à la file, Skarphédin venant le cinquième, visiter les principaux personnages.

Du campement de Gissur, qui, en sa qualité de parent d'Asgrim, avait promis de tenir pour eux, ils s'étaient rendus à celui d'un autre chef appelé Skapte. Au premier mot qu'Asgrim lui dit, celui-ci répliqua en termes presque injurieux; après quoi il fixa ses regards sur Skarphédin.

Ce dernier était resté debout près de la porte, tout de bleu vêtu, une ceinture d'argent sur les hanches, sa fameuse hache Rimegyge à la main, un léger bouclier passé à son bras, un turban de soie autour de la tête et les cheveux rejetés derrière les oreilles, avec un air de défi guerrier qui sautait d'abord aux yeux de chacun.