Bientôt après Thorgier, le neveu de Nial, partait également de son bœr accompagné d'une troupe imposante, à laquelle se joignirent successivement, au cours du trajet, ses deux frères Thorleif et Grim, Kraak de Hof avec tous ses tenants, puis Asgrim et le gode Gissur. Arrivé aux abords du champ de justice, ce second escadron forma, lui aussi, l'ordre de combat, et ce fut d'une allure si martiale qu'il déboucha au milieu de la plaine, que Flose et ses gens, en l'apercevant, se mirent instinctivement en défense, et peu s'en fallut qu'on n'en vînt aux mains. La journée s'écoula toutefois sans que la paix des comices fût troublée; mais on sentait frémir dans l'air comme un souffle de menace, et tout le monde s'accordait pour reconnaître que jamais encore, de mémoire d'homme, on n'avait vu au pied du Logberg un déploiement de forces aussi formidable et une aussi grande affluence de chefs éminents venus de tous les coins de l'Islande.

*
* *

Dès le lendemain, Flose commença sa tournée de hutte en hutte, accompagné de son ami Viarne. Il alla chez divers gros chefs qui étaient, comme lui, des districts de l'Est, et qui, pour la plupart, s'engagèrent à lui prêter leur appui. Il y en eut néanmoins plusieurs qui exigèrent préalablement de l'argent.

«Voilà certes de vaillants auxiliaires, dit Flose à son compagnon; mais il nous faudrait un juriste.

—J'en connais un, répondit Viarne, un qui peut-être n'a point son pareil. Il connaît tous les arcanes de la loi, et nul ne l'égale en subtilité. Seulement, je dois t'en prévenir, il est aussi cupide que retors.

—Qu'à cela ne tienne... Comment le nomme-t-on?

—C'est Eyolf. Le voici justement là-bas.»

L'homme désigné était assis devant la porte de sa hutte, un manteau écarlate autour des épaules, un diadème d'or sur la tête et une hache garnie d'argent à la main.

Viarne l'aborda aussitôt, et en reçut le plus gracieux accueil.

«J'ai besoin de ton aide, lui dit-il. Tu es le premier juriste de l'Islande, et tout ce dont tu te mêles réussit.