Arrivés au bord du cours d'eau, les deux cavaliers découvrirent dans un repli de terrain quelques hommes qui semblaient sommeiller, leurs hallebardes posées par terre à côté d'eux.
«Les éveillons-nous? dit Thorgier.
—Assurément, repartit Kare; nous ne pratiquons pas le guet-apens, et ne tuons pas les gens endormis.»
Ils se mirent à crier. Les autres s'éveillèrent et saisirent aussitôt leurs armes. Kare et Thorgier attendirent qu'ils se fussent complètement équipés, puis le premier se précipita contre l'adversaire qui se trouvait le plus proche. C'était Thorkel, fils de Sigfus. Thorgier en même temps se ruait sur Sigmund.
D'un coup de la Rimegyge, Kare atteignit Thorkel au nœud de l'épaule, et lui trancha la moitié du tronc; mais, assailli lui-même de côté par Ledolf et un autre, il eût couru risque de succomber si Thorgier, qui venait de tuer Sigmund, n'eût, par une volte-face impétueuse, plongé son épée dans le cœur de Ledolf. Le second assaillant, à cette vue, essaya de se dérober par la fuite; mais la terrible Rimegyge lui retomba si violemment sur l'échine, qu'après avoir tourné sur lui-même il s'abattit mort aux pieds de Kare.
«Vite en selle!» cria Lambe.
Les huit survivants prirent le large, et gagnèrent d'une traite Svinefield, où ils racontèrent l'événement à Flose.
«Il fallait s'y attendre, dit ce dernier; une autre fois tâchez d'être un peu mieux sur vos gardes!»
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Tout le reste de l'été et l'hiver suivant, Flose demeura à son bœr, occupé des apprêts de son prochain départ. Le printemps venu, il acheta un navire norwégien qui se trouvait dans un fiord de la côte, se pourvut de marchandises, et manda plusieurs de ses cobannis pour s'entendre avec eux au sujet du voyage.