Kare cependant avait disparu de chez lui, et des voisins affirmaient encore l'avoir vu se diriger vers le nord.
«Cette fois nous n'avons plus à le craindre; il doit être chez Gudmund le Puissant, dit à ce propos Lambe à Flose.
—Eh! repartit ce dernier, je me méfie un peu de ces rumeurs. Prenez garde, j'ai fait un rêve qui ne me pronostique rien de bon.»
Derechef Flose, en prenant congé de ses amis, leur recommanda de cheminer en troupe et de ne point se relâcher de leur vigilance. Il les embrassa ensuite en disant:
«Vous voilà seize au départ d'ici; j'ai peur que plusieurs d'entre vous ne manquent au rendez-vous final.
—Quoi que l'homme fasse, il ne peut échapper à son sort,» répondit Grane brièvement.
La troupe, contournant le jokul[50], s'arrêta pour coucher le premier jour dans un bœr appelé Thorsmark, où demeurait un certain Biorn, dont la femme était parente de Gunnar. Celui-ci les reçut fort amicalement, et comme ils lui demandaient des nouvelles de Kare:
«Je l'ai vu, dit-il; j'ai causé avec lui; mais il y a déjà longtemps de cela, et il s'en allait vers le nord. Il m'a paru fort abattu, abandonné de tous, et j'ai idée qu'il ne tient plus beaucoup à vous rencontrer.
—À merveille! s'écria Grane, nous voilà débarrassés de lui.
—Je n'en suis pas aussi sûr que toi, lui repartit Modolf, un de ses compagnons, et Kare, même seul, est à redouter.»