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Disons au lecteur que l'intention du roi Sigtryg, en venant trouver Sigurd à Rowsa, était de réclamer son appui contre un autre prince irlandais avec lequel il était en guerre. Après avoir longtemps hésité, le comte finit par céder aux sollicitations de son hôte, et, au nombre des auxiliaires qu'il mena lui-même en Irlande, se trouvèrent quinze des compagnons de Flose. C'était tout ce qui restait de la troupe incendiaire.
Flose, lui, n'avait pas voulu être de l'expédition. Son âme, lasse de tant d'horreurs, inclinait de plus en plus vers la paix. Aussi Anschar, un prêtre d'Écosse, étant venu sur l'entrefaite à Rowsa pour y achever l'œuvre d'évangélisation commencée avant lui par les moines allemands, l'ennemi de Kare fut-il le premier à accepter la parole de pardon avec le baptême selon tous les rites.
Peu de temps après il alla aux Hébrides, et là il apprit que dans une grande bataille, tout récemment livrée en Irlande, le roi Sigtryg avait été mis en déroute et le comte Sigurd tué avec les quinze conjurés à sa suite.
À cette nouvelle Flose eut le cœur serré d'une telle affliction, qu'il résolut de se rendre à Rome, comme faisaient alors tous les grands pécheurs, pour y implorer le pardon de ses fautes. Ayant donc reçu du jarl Gill un bon navire et une somme d'argent, il s'embarqua pour le continent, et de là s'en fut à pied vers la Ville éternelle, où le pape en personne, dit la chronique, voulut bien lui donner l'absolution.
Il s'en revint ensuite «par l'Est», c'est-à-dire par terre, vers le Nord. L'hiver le retrouva en Norwège, près du jarl Éric, fils d'Hakon, et enfin dans le cours de l'été suivant il cingla vers la terre d'Islande, où il se réinstalla, le cœur soulagé, dans son habitation de Svinefield.
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Et Kare? On sut bientôt que, lui aussi, il s'était converti au dieu blanc, et que le mérite de cette conversion revenait encore à Anschar l'Écossais. Alla-t-il comme Flose en pèlerin jusqu'à Rome pour s'y faire absoudre de ses péchés? C'est un point que l'histoire n'a pas éclairci. Il paraît seulement qu'après un voyage dans diverses régions de l'Angleterre et de l'Écosse, il revint passer encore un hiver chez David le Blanc à Fridarœ, et qu'au printemps de la même année il se rembarqua à son tour pour l'Islande.
La traversée fut longue et pénible; le navire se brisa en arrivant, et peu s'en fallut que tout l'équipage ne pérît au port.
À terre, la tempête continuait de souffler, effroyable.