«De quel côté chercherons-nous un abri? demandèrent les gens de Kare.
—À Svinefield, répondit-il; c'est le point de refuge le plus proche de la côte.»
Et il ajouta en lui-même:
«Je veux voir quel accueil Flose me fera.»
On se dirigea donc vers Svinefield. Flose se trouvait chez lui. Dès que Kare parut sur le seuil, il le reconnut. Il alla à lui les mains tendues, l'embrassa, et, le faisant asseoir sur le siège d'honneur, il le pria de passer l'hiver avec lui; à quoi l'autre consentit de grand cœur.
Bref, la réconciliation fut si bien scellée, que, la femme de Kare étant venue à mourir, ce fut la propre nièce de Flose, Hildegunne, qui remplaça au foyer conjugal la fille de Nial, sœur de Skarphédin.
Flose eut, dit-on, une fin assez mystérieuse. Il voulut, sur ses vieux jours, s'en aller querir des bois de construction en Norwège. L'été d'ensuite, sa cargaison prête, il se disposa à remettre à la voile. On lui fit remarquer le mauvais état où se trouvait son navire.
«Oh! dit-il, il est assez bon pour un vieillard que la mort prendra demain!»
Et il s'embarqua.
Depuis lors on n'entendit plus jamais parler de lui ni de son bâtiment; mais bien des fois, à Bergtorsvol, le bœr des Nial étant rebâti à neuf, on vit Kare pleurer silencieusement.