«Cette fois, lui dit-il, je ne veux pas agir sans te consulter. C'est Osvif qui vient me demander la main d'Halgierde.

—Ne connaît-il point l'histoire de Thorwald?

—Il la connaît; mais il prétend qu'un second hymen est souvent plus heureux qu'un premier, et que d'ailleurs il se gardera de Tiolstolf.

—Qu'il s'en garde, répondit Rut; c'est mon meilleur conseil de beaucoup... Mais il faut que, cette fois, Halgierde soit l'arbitre de son propre sort.»

On appela aussitôt la jeune veuve. Celle-ci parut, vêtue d'une robe écarlate et d'un manteau bleu du plus fin tissu, avec une ceinture d'argent à la taille. Ses beaux cheveux retombaient en ondes dorées sur son sein.

Elle eut pour chacun un sourire gracieux, et quand Osvif, émerveillé, lui demanda si elle consentait à le prendre pour mari, elle répondit sans hésiter:

«De tout mon cœur, et je suis convaincue que rien ne troublera plus mon bonheur.»

La noce se fit deux semaines plus tard, en grande pompe, à l'Hogistad. Tiolstolf, bien que toujours au bœr, ne fut pas invité au banquet. Tout le temps que la fête dura, on le vit rôder, le sourcil froncé et la hache levée, autour du logis; mais personne n'eut l'air d'y faire attention, et nul incident ne troubla le repas.

Osvif alla s'installer chez lui avec sa femme, et pendant une année le couple vécut dans la plus parfaite harmonie.

Au commencement de l'été, Halgierde donna le jour à une fille qui lui ressemblait trait pour trait, et qui reçut le nom de Thorgierde. Tiolstolf, lui, était demeuré à l'Hogistad, où d'abord il parut bien se conduire. Mais, un matin qu'il avait commis un acte de violence sur un des serviteurs de la maison, Hogi le pria de s'en aller.