—Oui, ajouta simplement Halgierde.
—Mes pressentiments ne me trompaient pas, reprit Rut; ce mariage ne pouvait engendrer que malheurs!»
Quand le père de Thorwald apprit la nouvelle, il rassembla un gros d'hommes armés, et se dirigea au nord vers le fiord des Ours. Mais, comme la troupe gravissait la dernière colline du chemin, il survint tout à coup une nuée si opaque, qu'elle fut obligée de s'arrêter court.
Les cavaliers mirent pied à terre un moment. Quand ils voulurent ensuite remonter en selle, il leur fut impossible de retrouver leurs chevaux dans l'obscurité. Ils perdirent même leurs armes, et tous à l'envi s'égarèrent si bien parmi les roches et les précipices, qu'ils n'eurent bientôt plus qu'un désir, celui de pouvoir battre en retraite.
«Par ma foi! s'écria le père de Thorwald, c'est ce Svan qui nous ensorcelle. Que je rattrape seulement mon cheval, et je jure que je file au plus vite!»
Au même instant l'atmosphère s'éclaircit, et chacun retrouva ce qu'il cherchait. Quelques hommes, plus obstinés, essayèrent néanmoins de pousser outre; mais, trois fois de suite, le même enchantement se renouvela, de sorte que le plus vaillant tourna bride.
L'affaire se termina donc, selon l'usage du pays et du temps, par une composition pécuniaire. Hogi paya au père de Thorwald la somme de six onces d'argent[39] comme rançon du meurtre de son gendre, et Rut lui fit, de plus, présent d'un manteau.
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Deux années s'écoulèrent. Halgierde s'était remise à vivre sous le toit paternel, quand un jour s'arrêta devant le bœr un groupe d'une dizaine d'hommes à cheval à la tête duquel se trouvait Osvif, un riche fermier qui avait sa demeure près du fiord de Borge.
À peine eurent-ils exposé l'objet de leur visite, qu'Hogi fit mander Rut en toute hâte.