—Eh bien, Tiolstolf est ici. Permets-lui de rester avec nous. S'il te donne le moindre sujet de contrariété, tu me trouveras avec toi contre lui.

—Soit, répondit Osvif. Je ne puis résister à une prière faite de cette façon; mais sache qu'à la première incartade je mettrai le compagnon à la porte.»

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Tiolstolf, quelques mois durant, se maîtrisa; puis son naturel reprit le dessus, et il emplit bientôt tout le logis de querelles et de vacarme, n'épargnant dans ses violences que la seule Halgierde, qui du reste ne le défendait jamais. Osvif voyait bien que les choses menaçaient de tourner mal; mais, craignant d'affliger sa femme, il différait de jour en jour l'expulsion du père nourricier.

Un matin, quelques moutons s'étant fourvoyés dans les pâturages des montagnes, il dit à Tiolstolf de courir après eux avec d'autres serviteurs de la ferme.

«Est-ce que tu me prends pour ton esclave? lui répondit insolemment l'homme; marche devant, et je te suivrai.»

Osvif alla aussitôt trouver Halgierde, et lui annonça sa résolution de chasser le vilain drôle.

Alors, pour la première fois, Halgierde prit vivement le parti de Tiolstolf, et, d'un mot à l'autre, la dispute s'échauffa tellement, qu'Osvif, impatienté, fit comme avait fait autrefois Thorwald: il frappa sa femme au visage.

«Assez de criailleries» lui dit-il, et incontinent il sortit.

Halgierde se mit à pleurer amèrement. Toutefois, quand son père nourricier survint, et qu'avec son astuce habituelle il voulut l'aigrir encore davantage au sujet de l'affront qu'elle avait essuyé, elle le pria fort sèchement de ne point se mêler de ses affaires d'intérieur.