Arrivé au bas de la colline boisée, il vit une épaisse colonne de fumée qui s'élevait du milieu du fourré. Il s'élança dans cette direction, puis, mettant pied à terre, il attacha son cheval à un arbre et se faufila vers la charbonnière.
Roste était devant son fourneau, tout noir des pieds à la tête, et tellement absorbé dans sa besogne, qu'il n'entendit pas venir Bryniolf.
Celui-ci se glissa à pas de loup derrière lui, et, levant sa hache, lui en assena un formidable coup sur le crâne.
Roste fit en l'air un tel bond, que la hache échappa des mains de l'agresseur, puis, bien que blessé à mort, il put encore saisir un javelot et le décocher à Bryniolf. Mais ce dernier se jeta par terre à plat ventre, et le trait passa au-dessus de lui en sifflant.
«C'est heureux pour toi, fit le valet de Bergtora, que tu m'aies attaqué à l'improviste! Allons, ramasse ta hache, qui n'a pas trahi la main qui la tenait, et va dire à Halgierde que tu m'as tué... Ce qui me console, c'est qu'avant peu tu auras le même sort!»
En achevant ces mots, il rendit l'âme.
Bryniolf ramassa sa hache, et courut dire à sa maîtresse que ses ordres étaient accomplis.
Halgierde fit immédiatement partir deux exprès, un pour Bergtorsvol, chargé d'annoncer à la femme de Nial que le meurtre de Kol était vengé, l'autre pour Tingvalla, avec mission de prévenir Gunnar.
Ce fut cette fois à ce dernier de désintéresser, selon le taux légal, son voisin lésé par la mort de Roste.
L'entrevue fut des plus cordiales, et, l'accord fait, les deux amis se bornèrent à se serrer la main en silence.