«Tu ne fais point métier de tuer les gens; je pense donc qu'avec toi il n'y a pas de danger.»
Losing repartit qu'en effet il n'avait encore jamais vu couler le sang de personne par son fait, et, sur cette réponse laconique, il partit.
Bientôt après, au milieu de la route, il trouva Bryniolf.
«Défends-toi! lui cria-t-il; je n'entends point t'attaquer comme un malfaiteur.»
L'autre fondit sur lui, sa hache levée; mais Losing, d'un premier coup de la sienne, lui brisa le manche de son arme, et, d'un second coup en pleine poitrine, l'étendit sans vie sur le chemin.
Quelques pas plus loin, avisant des bergers d'Halgierde, il leur annonça qu'il venait de tuer Bryniolf, non par surprise et traîtreusement, comme celui-ci en avait usé avec Roste, mais loyalement, dans un duel régulier, et il leur dit à quel endroit ils pourraient retrouver le cadavre.
Quand la nouvelle parvint à Nial sur le ting, il fut d'abord si saisi, qu'il se la fit répéter par trois fois.
«Oh! s'écria-t-il enfin, voilà cette fureur de meurtre qui gagne maintenant jusqu'aux moutons même. Qu'en dis-tu, Skarphédin, mon fils?
—Je dis qu'il fallait que Bryniolf fût vraiment prédestiné à la mort pour qu'il ait péri de la main de notre excellent père nourricier, l'homme le plus inoffensif de l'Islande.»
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