«Tu me parais dans une voie périlleuse. Pour cette fois, mon fils te tirera d'embarras en s'accommodant avec Nial; néanmoins je t'engage à ne plus te lancer sur les pistes que ma bru t'indiquera, si tu ne veux être assuré d'y périr.»

Halgierde, à ce mot, éclata de rire; mais la vieille reprit d'une voix grave:

«Femme, ne te moque pas des vieillards; la sagesse descend des rides de leur front.»

Lorsque Gunnar connut ce nouveau meurtre, il alla avec son frère Kulskiag trouver immédiatement Nial. Ce dernier était seul dans sa hutte.

«Losing est mort, lui dit-il; nos maisons sont de plus en plus divisées, mais notre amitié n'a point reçu d'atteinte. Fixe le wehrgeld que j'ai à te payer.»

Nial garda un instant le silence; son visage était devenu pâle. Il répondit enfin avec un soupir:

«Donne-moi six onces d'or... Losing était un serviteur comme il n'en est pas beaucoup en Islande. Mes fils, s'ils étaient ici, refuseraient à coup sûr toute composition; aussi me passerai-je de les consulter... J'espère néanmoins qu'ils respecteront l'arrangement consenti entre nous.» Bientôt après Skarphédin entra, et son père l'informa de l'événement.

«Non, certes, répliqua le jeune homme, je ne romprai point l'accord fait par toi; mais je crois que le jour est proche où, mes frères et moi, nous aurons à nous mêler de la querelle, et, à la prochaine offense, je me souviendrai volontiers de toutes les autres.»


CHAPITRE X