J'en étais là de mes observations, quand Robert vient me rejoindre.
— Regarde un peu la mâchoire de cette bête, me dit-il et tu verras, si j'avais raison de te mettre en garde contre ses morsures.
Je remarquai, en effet, que, pour sa taille, l'opossum est doué d'une mâchoire puissante et solidement constituée: les dents sont nombreuses, celles de devant longues et acérées et très capables de faire au chasseur imprudent de cruelles blessures.
— Vois-tu, mon cher, cet animal est d'un naturel très doux; mais il est comme beaucoup d'autres: quand on l'attaque il se défend; blessé et acculé, il se sert des armes que la nature lui a données et joue consciencieusement, des dents et des griffes; quand ils le prennent vivant, les indigènes savent ce qui leur en cuit.
— Le prennent-ils vraiment vivant?
— Quelquefois; quand ils trouvent les traces d'une famille cachée dans un creux d'arbre, ils tachent de s'en emparer, car, malgré son peu de saveur, la chair de l'opossum est considérée par les Australiens comme un mets délicat.
— Je serais véritablement curieux de voir cela.
— La chose n'est pas impossible; je vais consulter mon vieux Dick, qui connaît admirablement le pays il pourra me dire si, à quelques heures de marche à l'ouest, nous avons la chance de rencontrer de vrais Australiens; je sais qu'il y en a quelquefois dans cette contrée.
Dick venait de rentrer au camp; après nous avoir accompagnés, il était retourné continuer seul la chasse, qu'il avait trouvée trop courte et trop peu fructueuse.
A ce moment, assis sur un tronc d'eucalyptus renversé au centre de la clairière, son fusil entre ses jambes, quatre magnifiques opossums morts à ses pieds — sa chasse de la nuit — il mangeait sous le pouce un énorme morceau de pain et de lard. Son chapeau rejeté en arrière laissait voir sa tête rude et énergique; il était superbe ainsi, et montrait bien le type parfait du bushman et du coureur des bois. Je retins Robert, qui se dirigeait vers lui, et sortant mon carnet de ma poche, je pris le croquis du vieux Dick.