Arrivé au camp, Robert donna les trois opossums, et en promit trois autres aux indigènes, s'ils voulaient nous donner un spécimen de leur habileté à manier cette arme; ils acceptèrent.
Nous partîmes donc à leur suite à la recherche d'un but quelconque.
Celui qui paraissait le plus vigoureux des trois sauvages avait à peine fait cent pas qu'il s'arrêta, et nous fit signe de l'imiter. Puis du doigt il nous montra une bande de ces gros perroquets, nommés cacatoès, qui voletaient au sommet d'un arbre haut de plus de quarante pieds. L'homme, prenant le morceau de bois passé à sa ceinture que j'avais déjà remarqué, s'avança doucement jusqu'à vingt mètres de l'arbre environ, lança son instrument, suivant une ligne horizontale, à deux pieds du sol. L'arme parcourut ainsi un espace de quinze à dix-huit mètres; puis soudain, ayant touché la terre, elle se releva par un angle droit, monta jusqu'au sommet de l'arbre, abattit deux cacatoès et, décrivant une parabole, vint retomber aux pieds de l'homme.
J'avoue que mon premier mouvement fut de me frotter les yeux pour savoir si j'étais bien éveillé; ensuite je ramassai le boomerang pour voir s'il ne contenait pas quelque mystérieux mécanisme chargé de régler sa marche, mais rien.
Je n'avais dans les mains qu'un simple morceau de bois, dur et compact, quoique flexible, et légèrement courbé au milieu; sa longueur était de deux pieds cinq pouces (65 centimètres), sa largeur de deux pouces (6 cent.), et son épaisseur de deux centimètres; un des bouts est renflé et arrondi; l'autre, au contraire, est tout à fait plat.
Afin de bien me rendre compte du mouvement du boomerang, je priai l'indigène de le lancer de nouveau, n'importe où, sans but.
L'homme saisit l'arme à pleine main par le gros bout, la partie convexe en dehors, puis, la faisant tourner au-dessus de sa tête, la lança de toute sa force devant lui.
Toutefois, au moment de la laisser échapper, il lui, imprima, avec le poignet, un mouvement rapide de rotation.
Le boomerang partit, et, comme la première fois, après avoir touché terre, remonta en ligne droite, avec une vitesse et une précision surnaturelles, et revint alors vers celui qui l'avait lancé.
Je voulus acheter un boomerang mais les indigènes refusèrent absolument de m'en vendre.