Cette manière d'escalader les géants australiens, me parut fort ingénieuse, et j'avoue qu'après cette prouesse, les sauvages gagnèrent singulièrement dans mon estime.

Arrivé au niveau de l'orifice du trou, l'homme passa son bras par l'ouverture; mais il ne put atteindre au fond de la cavité; alors, collant sa bouche à la lucarne, il parla pendant un instant aux opossums, les conjurant sans doute de venir se faire prendre; mais comme les animaux restèrent sourds à sa prière, il se hâta de redescendre.

Son compagnon a probablement deviné ses intentions, car il se mit en quête d'une pierre qu'il tend à l'homme, qui remonte aussitôt, tandis que celui qui est en bas applique son oreille contre l'arbre. Arrivé de nouveau au sommet, l'indigène laisse tomber la pierre, qui rend un son mat en arrivant au fond de la cavité de l'eucalyptus; celui qui est à terre marque la place et, aidé de son compagnon qui redescend, tous deux attaquent l'arbre, un peu au-dessus, à coups de hache.

Cependant, le sauvage qui s'est sauvé au début de l'opération, revient suivi d'une vingtaine d'individus, hommes, femmes et enfants; deux d'entre eux portent des tisons embrasés. Sans même faire attention à nous, ils rassemblent des branches sèches et allument un grand feu à quelques mètres de l'arbre qu'attaquent toujours les haches des deux chasseurs.

Après un travail d'une heure environ, l'écorce est percée et laisse voir un trou béant, suffisamment large pour y passer le bras. Un des indigènes plonge la main dans la cavité; des cris aigus se font entendre; les opossums, car ils sont là toute une famille, sont percés de coups de couteaux et l'un après l'autre, huit cadavres sont sortis du trou. A mesure qu'ils arrivent à terre, un indigène les saisit par la queue, les balance un instant et les envoie au milieu du brasier allumé par les femmes; après une cuisson sommaire, ils les retirent carbonisés et les mangent en les déchirant à belles dents; ce repas est écoeurant à voir.

— Il me semble qu'en voilà assez, dis-je à Robert; si nous partions!…

— Et le boomerang! me répond-il.

Dick reprend alors son rôle d'interprète, et invite trois des hommes à nous suivre à notre camp pour recevoir les opossums promis, puis, escortés des indigènes, nous reprenons la direction du bivouac.

Chemin faisant, je demande à Robert l'histoire de Dick et du boomerang.

— Quand tu auras vu avec quelle adresse ces sauvages se servent de cet instrument.