Ceci, cher lecteur, se passait en Australie, il y a maintenant cinq ans.

Les hasards de ma vie aventureuse m'avaient conduit à Sidney, capitale de la Nouvelle-Galles du Sud; j'allais quitter cette ville pour me rendre à Melbourne quand, la veille de mon départ, je rencontrai Robert, un ami d'enfance que je n'avais pas vu depuis notre sortie du collège.

— Je t'emmène, me dit-il, après m'avoir donné une vigoureuse accolade.

— Où cela?

— Chez moi, à Robertville, sur les bords du Macquarie.

Je me laissai facilement entraîner, et, huit jours plus tard, j'étais installé dans la demeure de mon ami, Robert, qui avait perdu ses parents très jeune, était venu chercher fortune en Australie; il s'était livré à l'élevage du bétail, modestement d'abord, mais chaque année augmentant le nombre de ses troupeaux et l'étendue de ses pâturages. Maintenant, soixante bushmen gardaient dans des plaines immenses ses innombrables troupeaux de boeufs et de moutons; Robert était devenu un des plus riches éleveurs de la contrée…

Sa maison, une coquette demeure entourée de logements plus petits pour ses serviteurs, s'élevait non loin de la rivière, dans un bouquet d'eucalyptus et de fougères arborescentes.

J'y étais depuis quinze jours et je songeais au départ, quand la partie de chasse organisée par mon ami vint déranger tous mes projets.

Cependant, nous galopions toujours dans une plaine magnifique, où l'herbe poussait haute et drue; de temps à autre, nous apercevions un troupeau de moutons gardés par un bushman à cheval; il accourait bride abattue pour saluer le maître, et lui donner des nouvelles des bêtes.

A midi, nous fîmes halte dans une ferme appartenant à un Irlandais, M O'.Ryan, qui vivait là avec, Mme O'Ryan, son épouse, et une douzaine de bambins plus frais, plus roses et plus blonds les uns que les autres.