Impatienté sans doute par mon peu de perspicacité, il haussa dédaigneusement les épaules, et, ajustant l'endroit qu'il m'avait désigné, fit feu.

Un animal de la taille d'un gros lièvre tomba au pied de l'arbre; il n'était pas tout à fait mort et s'agitait violemment sur le sol; Néro s'approcha, mais il se tint à distance respectueuse; moi; je me précipitai pour ramasser la victime.

Robert me retint.

— N'y touche pas, cria-t-il; tu te ferais couper la main; l'opossum a des dents terribles. Vois, Néro n'ose le prendre.

Enfin, la pauvre bête rendit le dernier soupir, et Robert la remit aux mains du bushman, puis nous continuâmes notre chasse.

J'avoue que j'étais un peu confus de ma maladresse. Tout en avançant sous bois, je me promettais d'y voir plus clair une autre fois. Dès que je voyais Trim ou Néro s'arrêter au pied d'un arbre, j'écarquillais les yeux et j'avais si grande envie d'apercevoir un opossum blotti sur une branche, que, la fatigue et le désir aidant, j'en voyais maintenant où il n'y en avait point.

Tout absorbé dans mes recherches, je marchais lentement, et mes deux compagnons m'eurent bien vite dépassé; les chiens, qui sans doute me jugeaient un trop piètre chasseur pour rester à mon service, avaient suivi Robert et le bushman, et je continuais d'avancer le nez en l'air.

Enfin, il me sembla bien distinguer quelque chose se mouvant à l'extrémité d'une branche qui s'étendait perpendiculairement et allait rejoindre un vieil arbre mort, dont la cime était brisée; je regardai encore quelques instants, et, ma foi, à tout hasard, j'ajustai l'objet et je fis feu.

Rien ne tomba; mais je ne vis pas fuir l'animal.

— Allons, me dis-je: je vois des opossums ou il n'y en a pas.