Lettre de MONNIER, Charles, 217e Régiment d'Infanterie, 4e Compagnie de Mitrailleuses, tué à Locre (devant le mont Kemmel), le 31 Mai 1918.

Mai 1918.

Parents chéris, Soeur et Frère,

Quand vous recevrez cette lettre, je ne serai plus.

Ne vous désolez pas trop, chers parents; Dieu m'appelle à lui; la Patrie demande mon sang; volontiers je le donne, après tant d'autres.

Ne vaut-il pas mieux mourir jeune, au cours d'une bataille qui peut-être décidera du sort du monde, de la belle mort du soldat et ne pas affronter tous les chagrins, toutes les peines dont la vie est remplie?

J'ai fait toujours courageusement mon devoir; vous pouvez être fiers de moi, je n'ai pas failli à ma tâche de bon soldat. Cela m'a été assez facile: je n'ai eu qu'à mettre en pratique les fiers et patriotiques principes que vous m'avez toujours inculqués.

Je n'ai pas toujours été un fils bien docile. Oubliez-le, car j'étais jeune.

Avant de vous quitter, je vous souhaite, parents adorés, une vieillesse tranquille, après une vie de labeur comme la vôtre vous avez droit au repos.

Et toi, chère soeurette, j'espère que Dieu exaucera tes voeux et que tu vivras heureuse auprès de celui que ton coeur aime.