Dernière lettre du Lieutenant René MONIER, du 43e Régiment d'Infanterie Coloniale, mort pour la France, le 28 Septembre 1915, à Givenchy.
Le 11 Septembre 1915.
…L'heure n'est pas aux discours, à la phraséologie. Le vocabulaire de l'héroïsme épistolaire est d'ores et déjà épuisé et je n'ai garde de vous laisser une de ces belles lettres in extremis en «trémolo majeur», du genre de celles qui trouvent place chaque jour dans nos quotidiens en mal de copie.
Inutile de vous redire ce que je fus pendant ma vie, vous le savez, je ne vous ai jamais rien caché.
Inutile de vous dire ce que je serai devant la mort, au champ d'honneur, vous le devinez ou d'autres vous le diront.
«Mourir pour la Patrie est le sort le plus beau». Ce n'est pas moi qui l'ai dit; mais je tiens du moins à tirer de cette vérité universellement acceptée toutes ses conséquences logiques. Donc:
1° Pas de larmes! On ne pleure pas un être que l'on sait avoir joui du sort le plus beau.
2° Pas de deuil, mon désir est formel et devra être respecté.
3° Ni discours, ni fleurs, ni couronne sur ma tombe … mais un simple drapeau!
Je lègue mon sabre et mon épée à papa, qui les mettra en panoplie dans son bureau pour symboliser les deux états où je sus, grâce à l'exemple qu'il m'a donné, faire droitement et simplement mon devoir.