Nous trouvons dans les villages la plus large hospitalité. Jusqu'à présent, je n'ai connu le lit dans la paille que deux fois. Vous voyez que nous n'avons pas lieu jusqu'à présent de nous plaindre. D'autre part, les succès journaliers des armées belges et françaises nous donnent confiance et espoir. Nous sommes maintenant à peu de distance de l'ennemi, et il est fort probable qu'aujourd'hui nous aurons le baptême du feu. Je vous assure que je n'ai aucune appréhension. Que voulez-vous, c'est au petit bonheur; j'ai toujours eu l'idée que nous en reviendrons; si le contraire se produit, ma foi, vous pourrez avoir la certitude que nous y sommes allés gaiement, sachant que nous travaillons pour le bien-être de tous ceux qui resteront et qui seront à jamais débarrassés de ce fléau germanique qui empoisonne le monde depuis quarante ans.
Quelle fête à notre retour! Nous aurons à célébrer les victoires françaises, la joie du retour et la venue au monde du cher petit que nous attendons avec tant d'impatience et que je voudrais tant avoir connu avant de partir.
Enfin, l'avenir nous réunira tous, plus unis et plus joyeux que jamais. Je vous donnerai bientôt d'autres nouvelles; communiquez celles que je vous donne à tous ceux qui me sont chers.
Je vous embrasse tous, bien chers parents, frères et soeurs que j'aime tant, avec toute l'affection de mon coeur de soldat français.
Vive la France et à bientôt la joie du retour.
Votre fils qui pense toujours à vous,
ROGER.
Je joins un petit mot à la lettre de Roger, à mon vieux frangin, pour vous assurer de notre inséparable amitié et vous envoyer, à vous et à tous les vôtres, mon plus affectueux souvenir. Ayez confiance, nous reviendrons tous deux. Dieu ne nous abandonnera pas. Si toutefois le sort nous désignait, vous auriez la satisfaction de savoir que c'est pour votre bien-être à tous que notre sang aurait été versé.
Encore une fois, soyez tous courageux comme nous-mêmes en cas de malheur et recevez encore mes affectueuses amitiés.