Je m'arrête sans avoir dit tout ce dont mon coeur déborde, je vous aime tous trois, je vous aime, je vous aime et je vous embrasse mille et mille fois du fond du coeur qui ne bat plus vite au son de la mitraille, mais qui palpite à votre souvenir.

Adieu, mes chéris, toutes mes tendresses sont pour vous et pour la meilleure des mères que je n'oublie pas.

Vive la France!

Laurent PATEU.

Lettre écrite par PATOUILLART, tombé au champ d'honneur.

7 Septembre.

Enfin, je reçois ce matin deux lettres de toi, une de Maurice dont je le remercie, son style est meilleur, et recommandée, ce qui est inutile, elles n'arrivent pas plus vite; écris-moi sous enveloppe fermée, mais non cachetée; tu peux me donner quelques nouvelles en gros; joins-moi une ou deux enveloppes et une feuille de papier pour te répondre, ou une feuille de journal, La Liberté, si tu veux, elle me parviendra probablement, en tout cas, on pourra l'enlever sans arrêter la lettre. Si tu m'écris sur une carte, prends une carte avec feuille pour la réponse, mais sur une carte ne me parle pas du contenu des paquets afin de ne pas faire de jaloux; argent inutile: où les Allemands sont passés, tout est saccagé et les habitants sont nourris par nous.

Tes lettres m'ont bien rassuré, je craignais que tu ne fus malade. Merci des images. Je vais bien, à part de fortes coliques; envoie-moi des nouvelles de tous, et du fils Tallon, de Levallois, si possible. Envoie-moi, si possible, les médicaments demandés pour ma pharmacie de poche. Mes amitiés à tous, oncle, etc., Hervaut, Henri, Deschamp, René, Mme Masson, Tallon, etc. Bonne santé à toi et à Maurice, et tous ayez confiance et courage et ne crois pas aux racontars, et ne te fais pas de mauvais sang, je vais pour le mieux et le courage ne manque pas. Les dernières paroles de papa, le 7 Octobre, ont été: «Mon fils, sois bon soldat et fais ton devoir». Mon devoir, je l'ai toujours fait et le ferai jusqu'au bout, quelque dur et pénible qu'il soit parfois. Si papa me voit, il sera heureux et fier de son fils, qui est prêt à donner, s'il le faut, son sang et sa vie pour la France. Si je reviens, tant mieux, mais si je tombe, ce sera en faisant mon devoir et tu pourras être fière de moi. Mais je suis plein d'espoir et espère toujours te souhaiter la bonne année de vive voix.

Mes baisers les plus tendres, et vive la France! Bons baisers à Maurice, écrivez-moi souvent.

PATOUILLART.